Ruth Orkin ou la magie du mouvement immobile
A Donostia, la Tabakalera présente la première exposition européenne dédiée à l'oeuvre de la photographe américaine Ruth Orkin : L'illusion du temps.
Le cinéma étant le privilège des hommes, Ruth Orkin abandonna son rêve et devint l'une des plus célèbres photo-journalistes des années 40. Plus encore, son travail expérimental inventa un langage nouveau axé sur l'illusion du temps. Ses images fixes embrassaient le cinéma. Ainsi l'intérêt Ruth Orkin s'intéressent à la dimension narrative des grandes cités, notamment New York où elle vécut. Les vues en plongée fixent des scènes proches de l'abstraction qui déploient l'essence du mouvement. Ruth Orkin manie aussi les jeux visuels en juxtaposant des images fixes sous forme de séquences narratives. Connaissant les mécanismes de la conscience, elle simule le mouvement à l'aide de figures similaires mises côte-à-côte sur la même image. Dès 1939, au seuil du road-movie, les photos de son voyage de Los Angeles à New-York constituent la pierre angulaire de l'oeuvre à venir. En 1952, avec American girl in Italy Ruth Orkin réalise un roman photo à la manière d'un film muet, racontant les aventures de l'actrice Ninalee Craig, seule en Europe, à travers des séquences un élan et le mouvement. Toujours à l'avant-garde, les deux films que Ruth Orkin pourra enfin réaliser avec son mari seront d'après François Truffaut : "une inspiration pour la nouvelle Vague".
La commissaire de l'exposition, Anne Morin, met en avant la dimension artistique d'une oeuvre singulière trop méconnue. Si le temps est l'image mobile de l'éternité immobile pour Platon, l'art de Ruth Orkin manifeste cette hésitation entre le temps et l'éternité pour mieux faire ressentir la nostalgie de l'instant.