Une ode photographique basque

Dans son dernier livre, la photographe américaine Anne Rearick exprime sa reconnaissance pour la culture et les habitants du Pays basque. Gure Bazterrak témoigne d'une connaissance intime des lieux et d'une esthétique fondée sur la relation humaine.

Depuis le début des années 1990, la photographe américaine Anne Rearick a établi une relation singulière avec le Pays basque où elle a effectué plus de soixante voyages. Son premier séjour lié à une bourse d'étude d'une année lui a fait aussitôt ressentir une affinité élective avec les basques : "Les basques m'ont fait découvrir que les moments d’interaction et de collaboration avec les personnes que je rencontrais était aussi important (ou peut-être plus encore) que les photographies. Je suis devenue photographe grâce à mon travail en Iparalde. Les photographies sont des souvenirs, une manière de pouvoir conserver tout ce qui est le plus important." Cet échange propice avec l'univers basque aura permis à la jeune femme de devenir une artiste récompensée par des prix prestigieux et dont les oeuvres sont présentes aujourd'hui dans les collections publiques internationales.

Dans le sillage de la photographie documentaire, Anne Rearick a établi des relations humaines authentiques sur des années. Elle partage l'expérience des personnes avant de pouvoir les transposer en images et de transmettre leur sens vital. Chaque photographie cristallise effectivement une rencontre entre l'artiste, les personnes et un lieu.

L'actuelle professeure de photographie et de cinéma à Boston désire dévoiler la magie de cet endroit riche de son peuple et de sa culture singulière. Le thème basque constitue toujours la colonne vertébrale du travail d'Anne Rearick. Elle déclare aussi son admiration pour la persistance de la langue basque dont certains mots apparaissent dans ces photographies, sur les murs, au second plan. Aux antipodes des clichés publicitaires, ses images noirs et blancs permettent de saisir au vol le merveilleux des gestes quotidiens. Avec la poésie de chaque image, le public savoure la graine d’éternité contenue dans l'amende de l'instant fugitif. Situées à l'intérieur du Pays basque français, ses photographies composées de montagnes, de scènes publics, de portraits à l'empathie puissante, de la vie de la ferme et de nombreux enfants, échappent au temps. La sincérité de sa démarche artistique explique le succès rencontré par son exposition qui s'est tenue jusqu'au début du mois de novembre à la médiathèque de Biarritz.

Edité à Los Angeles par Deadbeat Club Press, Gure Bazterrak (Nos Paysages) marque un aboutissement pour cette expérience humaine et esthétique du Pays Basque. Gure Bazterrak est une référence à la célèbre chanson de Mikel Laboa basée sur un poème de Joxan Artze qui magnifie la beauté des paysages basques cachés dans la brume. En ce sens, l'ouvrage d'Anne Rearick révèle ses paysages intériorisés pendant trois décennies au Pays basque : "Je suis très reconnaissante envers les personnes qui m'ont accueilli dans leur vie. Ce livre correspond au plus long travail que j'ai réalisé dans un même lieu. Gure Bazterrak est en quelque sorte un album de famille, celui avec ma deuxième famille découverte en Iparralde."

Les textes de Nora Arbelbide et de Fabien Ribery présentent cette monographie magnifiquement imprimée. A la fois aventure personnelle et expérience universelle, Gure Bazterrak s'adresse aux habitants : "C'est le livre que j'ai rêvé de faire depuis longtemps. Je voulais un livre qui honore les gens, un livre honnête, personnel et surtout qui vienne du cœur."

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