Les beautés secrètes de Madagascar révélées en noir et blanc

Invité d'honneur au festival de photographies Begirada 2021, Serge Minguet expose ses meilleurs clichés pour une rencontre avec la culture malgache. 

Lorsque Serge Minguet découvre Madagascar en décembre 2000, il éprouve le sentiment heureux d'y retrouver son enfance, et décide de fuir les villes, à bord des taxis brousses, en quête de ce vert paradis des amours enfantines si cher à Baudelaire. Passionné de photographie, Serge Minguet est immédiatement séduit par l'accueil chaleureux des insulaires et le calme extraordinaire qui règne dans cette nature presque vierge où la beauté des bords de mer et les plages sauvages l'éblouissent. Au cours de ses nombreux séjours, le regard contemplatif de Serge Minguet se pose sur la magnificence de cette île inespérée, où le basque finit aussi par rencontrer l'amour. Son mariage avec une malgache et leur installation à Antananarivo durant huit ans, de 2007 à 2015, lui ouvrent toutes les portes de cette île d'habitude fermées aux touristes qui se font de plus en plus nombreux.

Ses photographies exposées à Saint Palais reflètent avec le plus grand respect la vie d'une population riche de ses croyances, de ses tabous et coutumes innombrables dont les différentes régions de l'île sont pétries. Nanti de cette rare expérience, Serge Minguet désire transmettre les conditions de la vie insulaire, simple et difficile, sans l'aide des machines, à l'ancienne. Il admire ainsi le courage de ces pêcheurs qui partent sur leurs sobres pirogues prendre le poisson au filet, et désire témoigner de leur mérite avec une série d'images remarquables. Car Serge Minguet travaille dans le sillage de la photographie documentaire et humaniste de Sebastião Salgado, pour lequel la volonté de représenter fidèlement les situations humaines va de paire avec le besoin d'en révéler toute la beauté qu'elles contiennent. En donnant l'occasion d'observer le meilleur comme le pire de la réalité quotidienne, chaque photographie s'avère être un moment de partage, l'invitation à mieux regarder le monde qui file sous nos yeux emportés par la modernité. Plus encore, la beauté présente dans les photos de Serge Minguet montre la dignité des personnes. Le choix constant du noir et blanc focalise d'ailleurs nos regards sur les figures ou les silhouettes humaines, comme ces visages d'enfants démunis sur lesquels resplendit tout le bonheur que nous semblons avoir perdu à jamais. Cette joie de vivre à travers la pauvreté révèle à coup sûr toute la beauté cachée de Madagascar.

Pour autant, la simplicité apparente de ses photographies prises à "l'instant décisif" implique un travail de composition orienté par la quête de l'équilibre classique, comme si la recherche d'un ordre invisible restait aux yeux de Serge Minguet le meilleur moyen de transmettre le vécu de ces existences réglées par les multiples traditions ancestrales qui rythment la place de l'individu au sein du groupe et de la nature. Devant chaque photo, le visiteur peut entrevoir une certaine perfection à la fois omniprésente et indéfinissable, puisque les différents éléments du cliché occupent cette place exacte qui donne au tout l'apparence d'une éternité parfaite.

Aujourd'hui Serge Minguet ne retourne plus sur son île paradisiaque et préfère vivre à Hendaye, avec sa femme et leur enfant. En effet, au cours de ces dernières années, la situation économique de Madagascar s'est tellement détériorée qu'il est devenu trop dangereux de s'y expatrier ou d'aller y faire seulement des photos. Serge Minguet considère les photographies réalisées à Madagascar comme étant le sommet de son travail : elles contiennent non seulement toute sa passion pour le 8ème art, mais aussi son attachement pour le peuple malgache acculé à une pauvreté qu'il dénonce vivement.

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