Contempler l'éternelle beauté du présent
Avec "Wild Rose", la Galerie Sakana accueille à Donostia la dernière série de la photographe bayonnaise Gabrielle Duplantier.
La galerie Sakana, en collaboration avec l'institut français de Bilbao et l’école de photographie BlackKamera, expose une sélection d'oeuvres de Gabrielle Duplantier issues de son dernier livre : Wild Rose. Le titre qui fait résonner les origines franco-américaine de l'artiste et le nom portugais de sa mère Rosa renvoie en outre à l'aubépine présente dans le jardin de sa maison de famille à Ondres, où Gabrielle Duplantier est revenue vivre pour prendre soin de son père durant l'épidémie de Covid. Après un livre lié à la disparition de sa mère, ces nouvelles photographies, plus lumineuses et plus suaves, manifestent une esthétique sereine de l'effacement.
Avant tout la quarantaine d'oeuvres accrochées aux murs de la galerie Sakana révèlent la beauté d'instants ordinaires. Leur dépouillement minimaliste reflète le silence de nos vies intérieures bruissantes d’introspections. de fait, Gabrielle Duplantier trouve du réconfort dans la nature, à l'écart. "Je photographie la solitude des êtres. La nature enrichit la solitude et nous sauve de la dureté du monde. je me sens davantage exister dans la solitude où je retrouve le contact avec moi-même. ", précise Gabrielle Duplantier.
Ainsi l'artiste flâne avec son appareil jusqu'à ce que la beauté d'une lumière ou l'impression de croiser un tableau produisent l'émotion à l'origine d'une photo. Fidèle à Baudelaire, sa beauté est toujours bizarre, car elle évite l'esthétisme de l'instant parfait : "J'attrape quelque chose en suspens. Je trouve le beau là où je ne m'attends pas à le trouver." De même, ses nombreux portraits de femmes sont de l'ordre de la personnification, du symbole, car la capture peu fidèle des visages demeure au service de l'art. Quant au noir et blanc, c'est une habitude pratique qui plonge le regard dans un autre monde. Grâce au noir et blanc, la photographe contrôle toutes les étapes de son travail et développe ses clichés en laboratoire. Mais son noir et blanc n'est pas la couleur du passé, de la mélancolie ou de la nostalgie : il irradie une joie muette aux dimensions sacrées. Avec ses noirs et blancs profonds, sereins et remplis d'introspection, c'est le coeur du temps qui se met à battre plus doucement.
Son admiration pour les photos de famille des années 1980 se retrouve notamment avec sa nièce Mila saisie en bas des escaliers, debout. Les lignes des marches, les courbes des assiettes et des marques d'humidité sur le mur participent à l'harmonie subtile de cet instantané. Passionnée de peinture, Gabrielle Duplantier a fait des études d'histoire de l'art et observé les chefs d'oeuvre des grands maîtres qui servent toujours de base aux constructions visuelles de ses images. Au final les photographies étrangement familières de Gabrielle Duplantier semblent surgir de nos plus intimes souvenirs. A travers la poésie banale du quotidien, l'artiste montre que la vie ne passe pas pour rien. Elle donne à voir l'éternelle beauté du présent.