Né en 1963, Fabrice Domenet vit et travaille à Paris. Danseur de profession, passionné de photographie et autodidacte, la singularité de son travail obtient une reconnaissance internationale à partir de 2015. L'artiste propose une expérience sensorielle plus vaste en dévoilant l'espace que nous partageons avec le monde.

La série "voir les yeux fermés" brouille notre lien au réel afin de déborder la vision commune du monde. Proches du chamanisme, les photographies tissées de rêves et de réalité tracent le chemin sinueux d'un voyage intérieur. Elles embrassent les multiples strates de la conscience pour saisir la dimension invisible du monde et mieux capter sa richesse. Fabrice Domenet exprime ainsi la fragilité des êtres et des instants pour éprouver le monde avec empathie. Il métamorphose le regard grâce à la dissolution de la frontière qui sépare l'intime et l'extérieur.

De même, la série sur les plantes aquatiques intitulée La peau du monde ramène le regard au plus près de la chair du réel. Ces photographies minutieuses constituent de véritables chorégraphies végétales. Leur déploiement permet de ressentir le poids des corps et leur plasticité. La texture du papier procure à ses images la sensibilité de la peau. Le choix d'une basse résolution floute leurs contours afin de nous faire éprouver des sensations proches de la synesthésie.

Avec ce retour à la présence concrète, les images de Fabrice Domenet aboutissent à la lisière entre le physique et la métaphysique.

Quand la photographie revient au plus près de la chair du monde

Le photographe Fabrice Domenet interroge notre lien sensible à la nature dans sa nouvelle série intitulée La peau du monde, exposée par la galerie l'Angle.

Fabrice Domenet fait surgir la beauté du monde auquel nous sommes liés avant tout par la peau. Ancien danseur professionnel, le photographe s'intéresse à nos relations physiques avec la réalité. Ses photographies de plantes mettent en lumière les jeux de spirales et des axes qui expriment leur fragilité, un mouvement qui se déplie avec délicatesse sous nos yeux, comme une danse. Par ailleurs, Fabrice Domenet choisit la basse résolution pour une certaine dégradation de l'image. Le regard étant le plus mental de nos sens, l'auteur ne veut pas donner pas à voir directement. Il s'agit d'éviter une certaine précision technique, au profit d'une image floue qui invite à se perdre dans cet univers riche, tissé de sensations proches de la synesthésie. L'importance accordée au traitement de l'image numérique réalise cette volonté de faire éprouver la peau commune avec le monde. Son esthétique nous entraine avec empathie jusqu'à l'image, pour que la vision devienne une expérience sensuelle. Photographiées de près, les plantes deviennent irréelles. Elles ont d'ailleurs l'aspect d'une peau dessinée au fusain, trait pour trait. Ces oeuvres patientes sont aussi remplies de temporalité : Fabrice Domenet a observé certaines plantes deux ans avant de les photographier. Ce travail minutieux instaure un complexe jeu de miroir où nous nous retrouvons avec étonnement. Non seulement la peau délimite le vivant, mais elle est aussi notre espace de contact immédiat. Comme Fabrice Domenet met en évidence le poids du corps et sa plasticité dans ses chorégraphies végétales, nos sentiments se projètent dans les plis et les replis des pétales. En outre, un des points d'orge de l'exposition reste la gravure au cuivre d'une série de 9 photos qui nous rapproche encore plus près de la peau. Ces héliogravures incroyables ont été réalisées grâce au savoir faire artisanal de Fanny Boucher. Ainsi La peau du monde donne à voir les pellicules de la réalité, du latin les "petites peaux", autrement dit la mue du temps. C'est la matière première de la photographie.

A la lisière

Présentation pour la galerie Insula, à Paris, suivie d’un entretien avec l’artiste.

Danseur de profession, Fabrice Domenet est passionné de photographie. La singularité du travail de cet autodidacte obtient une reconnaissance internationale à partir de 2015. L'artiste propose une expérience sensorielle plus vaste en dévoilant l'espace que nous partageons avec le monde.

La série Voir les yeux fermés brouille notre lien au réel afin de déborder la vision commune du monde. Cette immersion dans le paysage tient du chamanisme. Tissées de rêves et de réalité, les photographies du vivant y tracent le chemin d'un voyage intérieur. Elles embrassent les multiples strates de la conscience pour saisir la dimension invisible du monde et mieux capter sa richesse. Car Fabrice Domenet exprime la fragilité des êtres et des instants pour éprouver le monde avec empathie. Il métamorphose le regard grâce à la dissolution de la frontière qui sépare l'intime et l'extérieur.

De même, la série sur les plantes aquatiques intitulée La peau du monde ramène le regard au plus près de la chair du réel. Ces photographies minutieuses constituent de véritables chorégraphies végétales. Leur déploiement permet de ressentir le poids des corps et leur plasticité. La texture du papier procure à ses images la sensibilité de la peau. Le choix d'une basse résolution floute leurs contours afin de nous faire éprouver des sensations proches de la synesthésie.

Avec ce retour à la présence concrète, les images de Fabrice Domenet aboutissent à la lisière entre le physique et la métaphysique.

Danseur de profession, d'où vient ta passion pour la photographie ?

Dès l'âge de 14 ans, avec le Nikon Reflex de ma mère, je voulais capter l'instantané, aussi éphémère que le mouvement. La danse et la photographie répondent à mon intérêt pour le rapport du corps à l'espace et au temps. Ces deux pratiques modifient les états de perception par une expérience physique. Elles sont un concentré de sensations : le geste et le cliché photographique laissent une trace, une impression qui agit sur notre état intérieur. A l'instar de la danse qui est une expérience de conscience globale de l'espace, liée à la kinesthésie, je vise à faire ressentir une perception incarnée de la photo.

En quel sens les deux séries tendent vers une vision globale ?

L'exposition A la lisière nous situe à la frontière entre la vision intérieure et la vision extérieure. Les séries se complètement pour saisir cette double dimension. Voir les yeux fermés est un conte poétique proche d'une vision mentale de la réalité. A la fois subjective et objective, ces images oniriques donnent à voir à l'intérieur de nous. La Peau du Monde renvoie plutôt à une vision sensible qui fait éprouver par empathie la peau du végétal comme lieu d'échange entre la surface et la profondeur.

Comment traites-tu les images pour élargir l'expérience perceptive ?

L'usage du noir et blanc libère le regard. Il traduit les contrastes entre les effets d'éclats de lumière et de pénombre. J'évite ainsi que la capacité symbolique de la couleur oriente l'oeil. Ses informations parasitent l'image en lui donnant une dimension trop objective. Par ailleurs, je brouille les repères visuels pour détacher le regardeur de ce que nous appelons la réalité. Je fais en sorte qu'il ne sache plus où se situer dans l'espace. A partir d'un Iso très élevé, la postproduction permet de rajouter du grain et d’accentuer l’impression de dilution de l’image dans le grain du papier. Je travaille sur la lumière pour assombrir des éléments ou les renforcer. Parfois j'aboutis à une clarté extrême par l'éblouissement d'un point blanc.

Cette dilution de l'image n'a-t-elle pas une dimension avant tout picturale ?

Mes influences ne sont pas toujours photographiques. J'admire les estampes contemporaines chinoises qui peuvent créer un monde en quelques traits. La texture de l'encre est essentielle car la quantité d'eau dilue le noir et apporte la sensation de profondeur. La force et l'appui du pinceau, la trace du geste produisent des images incarnées.

Peut-on parler alors d'une vision spirituelle ?

Mes images sont une expérience à la fois intime et sensible. En suggérant les limites du physique, elles se rapprochent de l'invisible. Il s'agit de percevoir avec tout le corps, d'être ce corps voyant cher à Merleau-Ponty. J'essaie de toucher tous les sens afin d'éprouver l'invisible. Lorsque je prends une photo, la sensation d'être dans la chose et d'embrasser le monde se confondent . En rapprochant le regardeur du monde par l'usage de son corps, j'aimerais libérer sa vision.

Eprouver l'appartenance sensible au monde

La galerie L'Angle présente la dernière série du danseur et photographe Fabrice Domenet : "Métanoïa".

L'oeuvre de Fabrice Domenet interroge notre rapport au monde à partir de la présence physique. Ses photographies informent de la crise climatologique et reconfigurent la perception du monde afin d'élargir notre champ de conscience. Aussi le titre grec de l'exposition, Métanoïa, signifie le passage d'un état à l'autre, et plus précisément la conversation décisive du regard et de l'être.

Ce travail échelonné sur 3 ans se compose d'une quarantaine de photographies. "Je ne cherche pas les images, elle viennent à moi. Je les archive avant d'établir des correspondances. Mes séries sont amorcées par une photo qui sert de prélude, puis de cette matrice débouche quelque chose d'inattendu. Cette fois, j'ai été ému par la photo d'un personnage de dos qui regardait sur un possible ailleurs." Ses diptyques montrent la transposition d'un état vers un autre état. A gauche, des individus de dos se projettent vers un ailleurs. A droite, ils évoquent une relation sensible avec leur environnement. Les prises de vue de Fabrice Domenet renvoient à un état intime. Quelque chose répond à la présence humaine. Les individus isolés font alors partie d'un tout, où ils disparaissent. Par exemple, la petite fille de dos à l'arrêt devant une grille semble regarder l'autre image, à savoir un paysage proche de l'Eden. De telles images font ressentir l'appartenance à une puissance lointaine, indépendante de nous. Elles évoquent la fusion avec la nature.

Fabrice Domenet réduit les qualités de son appareil afin de saisir au mieux les sens du spectateur. En quête de lumière, ses images minimalistes possèdent la profondeur et la sérénité du cinéma de Tarkovski, une des références déterminantes pour son parcours artistique et spirituel. Comme une invitation au voyage intérieur, chaque image déploie un univers sensible particulier, à condition de vouloir s'y perdre. Leur profusion est ainsi la chance d'une subtile métamorphose du regard.

Le rendu exceptionnel des couleurs repose sur deux procédés techniques. D'une part, Patrick Borie-Duclaud a réalisé des tirages sur papier végétal Awagami Mitsumata, d'une extrême finesse. L'encre Piezography Pro contient des pigments au charbon, capables de fournir une game de noirs mats très profonds et des gris riches, avec une légère brillance. La tonalité chaude et l'apparence picturale de la série tient à l'association de l'encre sur ce papier particulier. D'autre part, Jean-Pascal Laux a réalisé 2 tirages au Platine Palladium qui fixe le négatif sur le support papier avant de le révéler.

Avec ses photographies Fabrice Domenet espère renouveler l'humain. "Ma foi, c'est l'émerveillement. Je me sens porté par quelque chose, et j'essaie de la saisir dans mes photos. Je veux capter la magie de la vie." Si la beauté révèle la dimension merveilleuse du monde se révèle, elle fait également ressentir notre appartenance au tout. L'oeuvre photographique de Fabrice Domenet est une véritable utopie politique.L'oeuvre de Fabrice Domenet interroge notre rapport au monde à partir de la présence physique. Ses photographies informent de la crise climatologique et reconfigurent la perception du monde afin d'élargir notre champ de conscience. Aussi le titre grec de l'exposition, Métanoïa, signifie le passage d'un état à l'autre, et plus précisément la conversation décisive du regard et de l'être.

Ce travail échelonné sur 3 ans se compose d'une quarantaine de photographies. "Je ne cherche pas les images, elle viennent à moi. Je les archive avant d'établir des correspondances. Mes séries sont amorcées par une photo qui sert de prélude, puis de cette matrice débouche quelque chose d'inattendu. Cette fois, j'ai été ému par la photo d'un personnage de dos qui regardait sur un possible ailleurs." Ses diptyques montrent la transposition d'un état vers un autre état. A gauche, des individus de dos se projettent vers un ailleurs. A droite, ils évoquent une relation sensible avec leur environnement. Les prises de vue de Fabrice Domenet renvoient à un état intime. Quelque chose répond à la présence humaine. Les individus isolés font alors partie d'un tout, où ils disparaissent. Par exemple, la petite fille de dos à l'arrêt devant une grille semble regarder l'autre image, à savoir un paysage proche de l'Eden. De telles images font ressentir l'appartenance à une puissance lointaine, indépendante de nous. Elles évoquent la fusion avec la nature.

Fabrice Domenet réduit les qualités de son appareil afin de saisir au mieux les sens du spectateur. En quête de lumière, ses images minimalistes possèdent la profondeur et la sérénité du cinéma de Tarkovski, une des références déterminantes pour son parcours artistique et spirituel. Comme une invitation au voyage intérieur, chaque image déploie un univers sensible particulier, à condition de vouloir s'y perdre. Leur profusion est ainsi la chance d'une subtile métamorphose du regard.

Le rendu exceptionnel des couleurs repose sur deux procédés techniques. D'une part, Patrick Borie-Duclaud a réalisé des tirages sur papier végétal Awagami Mitsumata, d'une extrême finesse. L'encre Piezography Pro contient des pigments au charbon, capables de fournir une game de noirs mats très profonds et des gris riches, avec une légère brillance. La tonalité chaude et l'apparence picturale de la série tient à l'association de l'encre sur ce papier particulier. D'autre part, Jean-Pascal Laux a réalisé 2 tirages au Platine Palladium qui fixe le négatif sur le support papier avant de le révéler.

Avec ses photographies Fabrice Domenet espère renouveler l'humain. "Ma foi, c'est l'émerveillement. Je me sens porté par quelque chose, et j'essaie de la saisir dans mes photos. Je veux capter la magie de la vie." Si la beauté révèle la dimension merveilleuse du monde se révèle, elle fait également ressentir notre appartenance au tout. L'oeuvre photographique de Fabrice Domenet est une véritable utopie politique.

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