Paysages urbains basques
En révélant l’homogénéisation urbaine due à la mondialisation, le photographe Jon Gorospe nous invite à reconsidérer l’équilibre entre identité locale et uniformisation.
L’uniformisation urbaine est un effet visible du capitalisme global. Soumis à la pression immobilière et touristique, les centres villes deviennent interchangeables, marqués par la même logique architecturale. Le photographe Jon Gorospe montre notre territoire pris dans ces dynamiques d’homogénéisation, en restant attentif à la persistance d’une identité locale. Réalisée pendant la pandémie de Covid 19, la série Noraezean explore ainsi l'identité des villes basques et met en évidence leur standardisation à travers les bâtiments modulaires et les façades anonymes. Plus précisément, l'artiste originaire de Vitoria-Gasteiz a rephotographié une centaine de vues du Pays basque, extraites de cartes et de plans de ville disponibles en ligne. Si des traces d’identité subsistent encore, perceptibles dans certains détails, ces paysages urbains et périurbains dépersonnalisés tendent vers ce qu'il nomme un « paysage zéro ».
Jon Gorospe montre également que cette homogénéisation s’accompagne souvent de formes d’exclusion sociale : architecture hostile, espaces contrôlés, usages normalisés. Certes, la publicité et les espaces commerciaux contribuent à une perte d’identité des villes, néanmoins quelques signes contribuent à forger une identité locale, liée aux particularité et usages spécifiques des habitants.
Son travail invite à réfléchir à la tension entre identité locale et uniformisation qui traverse les paysages urbains basques. Entre un décor standardisé et une innovation déconnectée, l’enjeu consiste à concevoir des villes à la fois évolutives, habitées et situées.
À Bilbo, le projet d’Abandoibarra illustre la possibilité d’une transformation contemporaine produisant une nouvelle singularité, sans pastiche du passé. La problématique dépasse le style architectural : elle engage aussi les usages, la présence d’habitants et la capacité à insicire les projets dans leur contexte. La préservation des éléments de l’architecture traditionnelle permet d’intégrer des formes contemporaines sans figer les villes ni les banaliser.
L'ancienne zone portuaire et industrielle d'Abandoibarra, complètement reconvertie avec le Musée Guggenheim, revendique une identité locale renouvelée. Les promenades, les équipements culturels et les espaces publics, associés à une architecture contemporaine qui ne cherche pas à « faire basque », témoignent d’une approche ancrée dans l’histoire de la ville. Autrement dit, ce projet a contribué à créer un nouveau paysage spécifique à Bilbo.
À l’inverse, au nord, les règles d’urbanisme imposant des formes, des couleurs et des matériaux cohérents pour une grande lisibilité identitaire tendent parfois vers un paysage de « carte postale », avec ces façades décoratives pensées pour le tourisme.
Par ailleurs, les centres-villes ont tendance à perdre leur âme quand les mêmes enseignes internationales remplacent les commerces locaux. Encourager les petites entreprises, les marchés, les bars traditionnels participe au maintien d’une atmosphère propre à chaque territoire. Au-delà des bâtiments, le paysage urbain relève aussi d'une expérience vécue et de pratiques sociales qui empêchent qu’un décor « authentique » ne devienne artificiel. Par exemple, la présence de l’euskara dans l’espace public participe pleinement à cette identité sensible.
En fin de compte, ce n'est pas l'architecture contemporaine qui pose problème, mais son manque de spécificité locale. Au croisement des traditions et des contraintes économiques, il faut répondre au désir légitime de vivre dans une ville qui ne soit ni un décor folklorique, ni un espace standardisé. Puisqu'il en est ainsi, les photographies critiques de Jon Gorospe invitent à penser un paysage urbain basque habité.