Une des pionnières de l'art photographique contemporain
A Donostia, le centre Kutxa Kultur de la Tabakalera accueille la rétrospective Jan Groover. Laboratoire des formes, pour suivre une trajectoire de plus de 40 ans de photographies.
L'exposition d'environ 150 pièces révèle le processus créatif de Jan Groover (1943-2012) à travers ses recherches formelles. D'abord étudiante en peinture, Jan Groover découvre la photographie à la fin des années soixante. Dans la décennie suivante, ses débuts conceptuels avec des polyptyques noirs et blancs lui valent d'être reconnue parmi les pionnières de la photographie contemporaine. A la fin des années 1970, Jan Groover compose des natures mortes qui deviennent son sujet de prédilection et constituent son apport principal à l'histoire de la photographie. Installée à New-York avec son mari, le peintre Bruce Boice, Jan Groover sublime la vacuité des objets et des instruments de cuisine. Elle travaille la composition de ses images en faisant en adaptant les codes de la peinture au langage photographique. A la fin des années 1980, Jan Groover réalise des scénographies plus complexes en grands formats, qu'elle baptise ses "photo-peintures".
Si les panneaux expliquent les procédés de l'artiste et le contexte historique de ses oeuvres des objets et des carnets d'études exposés en vitrine permettent de mieux saisir la rigueur de son travail "en laboratoire".
Les séries exposées à l'étage montrent le travail réalisé en France, à Montpon-Ménestérol, où Jan Groover s'installe dès 1991. Elle approfondit ses recherches sur les natures mortes avec un appareil Banquet, adapté aux panoramas. La vacuité de ses intérieurs et des paysages met en valeur la beauté suffisante des formes qui révèlent le lien essentiel entre les choses.
D'autres recherches menées sur les paysages industriels et les vues urbaines sont présentées. La ville devient alors une gigantesque nature morte où les formes urbaines remplacent les objets mis en perspective dans son laboratoire. Le pont de Brooklyn et des rues désertes se rapprochent de l'esthétique d'Atget. Une série de portraits montre son utilisation du procédé au platine-palladium dont les images entre le noir vif et le gris ressemblent à des gravures. Des photographies des parties du corps démontrent une fois de plus que les formes sont la base de la perception.
La rétrospective dévoile comment les visées plastiques et l'approche expérimentale de Jan Groover constituent encore aujourd'hui un horizon pour la photographie.