De l'album de famille à la beauté universelle

Si Alain Laboile est devenu photographe par accident, le succès mondial des photos de ses enfants en noir et blanc n'est pas dû au hasard : l'artiste a le génie de capturer la beauté furtive du banal.

Alain Laboile a grandi avec ses trois frères dans un petit village de Gironde, à la frontière des Landes. L'enfance a l'odeur des pins, l'adolescence celle de l'ennui. Après une formation de menuisier, il rencontre une étudiante en art à l'université de Bordeaux qui deviendra sa femme.

Découvrant l'art, Alain Laboile assimile par lui-même les techniques du dessin, de la gravure et surtout de la sculpture. Fasciné par l’oeuvre de l'entomologiste Jean-Henri Fabre, il s'adonne à la sculpture des insectes en métal. C'est seulement en 2004 qu'Alain Laboile fait l'acquisition d'un appareil compact numérique pour constituer un book de ses sculptures : il n'avait jamais eu l'occasion de pratiquer la photographie. C'est pour lui une révélation. Eloigné du travail physique exigé par la sculpture, cette nouvelle forme d'expression artistique capte les choses dans l'instantané, au plus près du réel. Toujours autodidacte, Alain Laboile photographie les plantes et les insectes, et gagne vite des concours. Il participe à des forums pour parfaire son apprentissage.

Comme sa famille s'agrandit, Alain Laboile démarre une sorte d’album pour figer des instants fugaces. Grâce aux réseaux sociaux, il obtient dès 2011 une reconnaissance internationale aussi immédiate qu'inattendue. Un article du New York Times exalte son travail. Il reçoit de nombreuses propositions artistiques de galeries, d'éditeurs et autres directeurs de festivals. Son oeuvre est alors comparée à celle de l'américaine Sally Mann, d'Eliott Erwitt ou d'Henri Cartier-Bresson. Alain Laboile est invité par le grand photographe Jock Sturges à Seattle, où le français peut se rendre compte des règles de la profession.

Alain Laboile continue de travailler "à l'instinct", sans suivre aucune théorie, loin des poncifs des écoles.

Loin des anniversaires et autres sujets répétitifs, les images en noir et blanc d'Alain Laboile chassent les moments furtifs, comme Stendhal pratiquait la chasse au bonheur. Il saisit des moments "vrais", sans intervenir. Elevés en milieu rural où ils bénéficient d’un ample espace de jeu, et d'un contact privilégié avec les éléments de la nature et les animaux, ses six enfants ont grandi sans le souci de l'appareil photo. Pour Alain Laboile, la vérité d'une photo repose sur l'absence de composition et l'existence immédiate. L'observation et l'anticipation sont la clef d'une photo "pertinente". Il est avant tout question de sentir et de saisir le moment propice, en suspens. Une telle spontanéité repose sur un simple boitier équipé d’un objectif 35 mm. La saisie de l'instant devient ainsi le témoignage du passé.

Comme les photos sont prises en couleur, le choix de leur conversion a lieu lors de l’ouverture de l’image sur l’écran. Le post-traitement en noir et blanc révèle au mieux la puissance du cliché. Alain Laboile sculpte l'ombre et la lumière, approfondit l'image à la recherche du juste équilibre et de la meilleure composition de l'ensemble. La simplicité du noir et blanc le rend à la fois plus instinctif et plus percutant. Plus universel aussi.

La première exposition personnelle se tient en 2013 dans une galerie de Tokyo. En 2015, il participe à l'exposition collective "Aux frontières de l'intime" organisée par le Musée français de la photographie qui acquiert à cette occasion 35 tirages pour son fond personnel. C'est une très belle reconnaissance institutionnelle.

Fort de ces succès, Alain Laboile accepte parfois de travailler pour des magasines, comme Le Figaro Madame. Il a récemment participé à une campagne de photo de mode pour Hermès International. Une exposition organisée par une galerie de Las Vegas a clôturé l'année 2022.

A présent que les enfants sont grands, l'album de famille est bouclé. Avec Adieu à la forêt, Alain Laboile établit actuellement une nouvelle série de photos couleurs, plus travaillées, pour mettre un point final à la matière photographique de ces quinze dernières années. Le couple quittera bientôt la maison familiale de Porte-de-Benauge pour s'installer dans un village du Lot qui est leur lieu de vacances privilégié. Alain Laboile y ouvrira un parc artistique qui sera l'occasion de découvrir ses sculptures et la beauté universelle de ses photographies.

Découvrir les images de notre enfance au pays des merveille

La galerie L'angle accueille à Hendaye la première exposition de photographies couleurs d'Alain Laboile. "Aurores" est une invitation à l'envoûtement de l'enfance.

Célébré comme étant l'un des maitres actuels de la photographie humaniste et familiale, Alain Laboile expose pour la première fois ses oeuvres en couleurs. Les images de cet autodidacte, sculpteur de profession, ont connu un succès fulgurant à la fin des années 2000 sur les réseaux sociaux. La puissance formelle des photographies présentées à la galerie L'Angle explique leur résistance à la conversion au noir et blanc qui constitue la production habituelle de l'artiste.

Les 25 clichés de l'exposition "Aurores" donnent à percevoir l'éveil à la vie. Alain Laboile y capture l'instant où la réalité surgit pour une conscience sensible. Chaque image restitue un embrasement des sens et des émotions. Ces photographies d'enfants qui semblent éprouver le monde pour la première fois renvoient à l'origine de tous nos émerveillements. Magie des images oblige, chacune dégage l'aura d'un mystère.

Aucune idéologie, juste les tourbillons de la vie de six enfants élevés dans la campagne bordelaise. Sans référence culturelle, les compositions d'Alan Laboile renversent notre perception du monde avec peu de technique. Souvent le choix de perspectives incongrues désarçonnent le regard. Par exemple, un plongeon dans la piscine devient l'envol vers les nuages du ciel inaccessible. Ou alors, telle photo élimine le haut du corps de sa fille qui saute d'une table pour révéler la méduse du jupon soulevé par la résistance de l'air. Une profondeur de champ minimale permet la focalisation sur des éléments, isole et adoucit l'intégralité de la scène. L'artiste joue aussi avec le flou et les reflets qui déforment les images pour les situer entre rêves et souvenirs. L'impact visuel prévaut sur la mise au point. Ses photos simples et lisibles sont constituées de peu d'éléments, pourtant elles nous placent devant la pure énigme de l'enfance.

De telles images ne sont jamais convenues. Les enfants s'épanouissent dans le jardin d'Eden familial où le père-photographe saisit au jour le jour les éclats de bonheur. L'anonymat du lieu et l'absence de repères facilitent la projection de nos vécus. Car le monde entier irradie de ce jardin. Nul besoin d'ailleurs. Le succès planétaire d'Alain Laboile prouve que l'amour paternel embrasse l'universel.

Les photographies noir et blanc de notre enfance au paradis

Alain Laboile est l’invité d'honneur du sixième festival de photographie Begirada. 

Les 17 tirages présentés durant tout l'été dans les jardins du festival Begirada correspondent à une sélection réalisée à partir de plusieurs milliers de clichés qui ont fait le succès international d'Alain Laboile, aujourd'hui considéré comme l'un des maitres de la photographie humaniste et familiale.

Dans ce florilège sobrement intitulé La Famille, le photographe suit l'évolution quotidienne de ses enfants dans leur ancienne propriété girondine, au plus près des éléments naturels. Alors que nos meilleures photos de famille restent toujours des photos de famille, Alain Laboile, autodidacte et sculpteur de profession, parvient à saisir de manière unique la beauté universelle de l'enfance. Chacun de ses clichés plonge le spectateur dans une ambiance où les rêves rencontrent nos souvenirs les plus intimes.

La beauté fulgurante de ces images réalisées entre 2010 et 2016 tient à leur double dimension universelle et intemporelle. De telles photographies exaltent les moments les plus insaisissables de l'enfance, elles capturent les moments qui sont à jamais notre meilleure raison de croire au bonheur. Et en choisissant le noir et blanc, Alain Laboile ajoute une couche de nostalgie pour nous faire revivre cette insouciance toujours présente dans la boucle de nos souvenirs. De la sorte, les trésors de l'enfance ne sont jamais perdus : nous les avons sous les yeux, grâce au regard d'Alain Laboile.

La justesse de ces images tient au fait qu'elles n'ont jamais été composées, elles relèvent toutes d'une surprise. Car Alain Laboile saisit au bout de l'objectif la vraie vie qui se déroule sans emphase : une course, un saut, une éclaboussure, tout le sel de existence dans son rayon familial. Prés du bassin ou du ruisseau, les jeux d'eau constituent une clef de ces images, comme un symbole de ce temps qui s'écoule et ne reviendra jamais. Il en va de même avec la fumée traversée par l'enfant dont le cri de joie continue de résonner longtemps dans nos mémoires. En outre, la photo Lili qui sert d'affiche au festival n'a pas été posée : il y a dix ans le photographe a surpris sa fille prosternée devant un faon. Et si Alain Laboile n'a jamais voulu être le héraut d'aucun message, ses photographies manifestent que la beauté d'un instant partagé est l'autre nom de l'amour.

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