Des images en résonance avec le monde des esprits

A Hendaye, la galerie L'Angle expose la série Shamans du photographe Patrick James Michel : ses images relient le monde visible au monde des esprits.

Après une carrière internationale de plus de vingt ans dans la mode et la publicité, Patrick James Michel a fait le choix de s'adonner à la photographie artistique en lien avec la spiritualité. Depuis 15 ans, son travail consiste notamment à capter l'énergie qui relie les individus à un tout universel. Car ses images visent à dépasser les césures superficielles entre les êtres, ou encore la réduction moderne de la réalité à la matière. En contrepoint d'une éducation catholique décevante, les images de Patrick James Michel constituent les jalons d'une quête spirituelle où la pratique du yoga et de la méditation joue un rôle déterminant dans son approche de la photographie.

La démarche de la série Shamans peut être rapprochée de l'entreprise du photographe-ethnologue américain Edward Sheriff Curtis, rendu célèbre dans la première moitié du vingtième siècle grâce à un inventaire photographique des tribus d'Amérindiens en voie de disparition. Chaque image exposée à la galerie L'Angle constitue une tentative pour révéler le haut taux vibratoire du chaman et saisir ainsi l'énergie qui le relie à la totalité du monde. En effet, le chaman, pièce maitresse des plus anciennes religions, sert d'intermédiaire entre le monde visible de la tribu et celui invisible des esprits.

Avec le procédé de collodion humide sur plaque de verre, les photographies de Patrick James Michel gardent la mémoire de ces moments de partage avec des chamans rencontrés sur les cinq continents. La chimie aléatoire et les accidents du collodion permettent de jouer avec les contrastes afin de saisir au plus près la dimension "suggestive et ressentie" des chamans. Avec 5 à 10 secondes de pose, l'artiste parvient à conserver un instantané de vie authentique. Par ailleurs, le trouble de ces images tient à l'ubiquité des chamans qui sont "là et pas là", au milieu de la nature et partout, comme la photo hallucinante où la chaman Vera tape sur un tambour afin de "voyager" entre les mondes visibles et invisibles. L'exposition est rythmée par des paysages ou des esprits d'animaux qui font ressentir l'ambiance naturelle au milieu de laquelle évoluent les chamans. La puissance poétique des images consiste à saisir l'aura des chamans, car elles embrassent à la fois leur apparence physique et leur monde intérieur. Au final, Patrick James Michel donne à percevoir une relation plus intime et plus riche avec le monde.

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