Quelques instants de grâce avec l'esprit libre de Jules-Edouard Moustic

Né en région parisienne et luzien d'origine, Christian Borde, alias Jules-Edouard Moustic, est un cosmopolite du Pays basque.

L'exposition des photographies de Jules-Edouard Moustic à la poterie de Guéthary permet de lever le voile sur celui qui se vante d'être "le plus vieil enfant du monde". Sous forme de bilan rétrospectif, le créateur de Groland affirme : "Après avoir quitté l'école à seize ans, je suis allé toute ma vie à la rencontre des gens pour apprendre ce que j'avais envie de connaître. Et je pense avoir réussi ma quête. " De fait, sa carrière professionnelle a été aussi inattendue que spectaculaire. D'abord vendeur de télévisions et d'appareils photo, Jules-Edouard Moustic fait une école de photographie, même s'il rêve de radio. Il réussit à entrer à RTL pour devenir l'assistant du technicien de Michel Drucker, puis travaille ensuite pour Radio Andorre, avant de réaliser un hit parade et une émission de rock sur Radio Monte Carlo. A Monaco, celui qui a toujours été "le clown de service" écrit des sketches avec Alain Chabat pour RMC. Roland Magdane lui demande alors d'écrire des sketches pour son spectacle. De 1987 à 1992, sous l'inititive d'Alain Chabat, il devient également auteur pour Les Nuls sur Canal Plus. Avec ses amis Benoit de Lépine et Christophe Salengro, Jules-Edouard Moustic crée Groland où il incarne, jusqu'en 2018, le présentateur de l'actualité fantasque d'une présipauté inspirée de Monaco.

En dehors de cette vie médiatique, le lien indéfectible de Jules-Edouard Moustic au Pays basque tient à sa mère et à l'amour pour sa femme rencontrée à Saint-jean de Luz. Pour sûr, le Pays basque a forgé les goûts et l'identité de celui qui habite à Guéthary depuis 25 ans et affirme sans ambage : "J'ai grandi dans la banlieue parisienne avec la culture basque. Ma mère était luzienne, et ma grand-mère gardienne du casino de Saint-Jean. Je passais toujours mes vacances à Saint-Jean de Luz et j'adorais déjà venir à Guéthary : c'est comme un village descendu des montagnes de l'arrière pays. Avant tout, contrairement à la côte d'Azur, le Pays basque correspond à mes valeurs." A ses yeux, l'esprit basque c'est d'abord l'éducation des jeunes, la prévenance et surtout le respect. Par ailleurs, si la formule Hitza hitz (parole donnée) lui plaît, l'esprit basque est aussi présent dans l'expression "à l'espoir" lors des matchs de pelote, au lieu de dire "à zéro".

Jules-Edouard Moustic est un citoyen basque actif sur plusieurs fronts. Parrain du club de Full-contact Azkar à Bayonne, il a été à l'initiative du festival Black and Bask, au croisement des musiques basque et afro-américaine. Il avait fait le rapprochement entre les costumes du carnaval de Louisiane et ceux de la Soule, et appris que des danseurs afro-américains dansaient le fandango à la Nouvelle-Orléans en 1920.

Jules-Edouard Moustic a aussi organisé pendant 10 ans Le Bal de vieux à Guéthary pour faire un pied de nez aux DJ de discothèques. Il en explique ainsi l'esprit : "Je voulais retranscrire une soirée merveilleuse à Canal+, où la musique est partie dans tous les sens à l'occasion d'une fête gay." En 2017, cet amoureux de la radio libre et ancien programmateur musical a conçu Radio I have a dream, à savoir une "sono mondiale", auto-financée et sans publicité, pour laquelle il achète tous les disques.

Aujourd'hui, Jules-Edouard Moustic s'adonne mieux que jamais à la photographie, comme un écho lointain au début de sa vie professionnelle. Sa pratique de la photographie doit beaucoup à la patience et à l'observation apprises avec son père à la pêche. Jules-Edouard Moustic ne s'éparpille pas. Il souligne la complémentarité entre la photographie et la radio : "La première propose l'image sans le son, la seconde le son sans l'image. Je suis un rêveur. A partir d'une photo, c'est à toi de faire le reste et d'imaginer les sons, les odeurs, grâce à ton imagination." A la poterie de Guéthary, le "best of" des photographies de Jules-Edouard Moustic présente des instants de grâce vécus à travers le monde. Loin des clichés, la beauté de ces images fait l'auto-portrait d'un homme libre et généreux.

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