Suite aux pics de fréquentations de ces dernières années au Pays basque, il devient urgent de réfléchir à une nouvelle approche du tourisme durable et bénéfique pour tous

Voici venues les semaines où le Pays basque souffre de congestion touristique et s'interroge plus que jamais sur son avenir. En effet, passé un certain seuil, aurait dit Ivan Illich, le tourisme devient contre-productif : surfréquentation, dégradation de l’environnement, altération des rapports humains, folklorisation, hausse des prix de l’immobilier et au final une expérience touristique détériorée ! Avec la prolifération de l'offre Airbnb, les vacanciers réquisitionnent les locations, ce qui constitue un obstacle majeur pour que les habitants puissent se loger là où ils vivent à l'année. Comment éviter que les ressources touristiques du Pays basque soient une malédiction saisonnière et entravent le développement durable du territoire ? Comment faire pour soutenir le bien être des citoyens confrontés à une submersion de vacanciers ?

Le tourisme implique de fait une consommation de l'espace et du temps orientée par la seule logique du profit. Le conformisme y est prégnant : on convoite le même objet de désir monté en épingle par les médias afin de poster avec ostentation son bonheur sur les réseaux sociaux. Et comme chacun en veut pour son argent, de telles expectatives entrainent de nombreux excès. La nervosité accrue des jours de pluie, l'annulation ou la restriction des fêtes, l'esprit de revanche lié aux multiples confinements de la crise sanitaire ont occasionné des incivilités et une tension palpable lors deux derniers étés. A l'échelle mondiale, la sonnette d'alarme est déjà tirée. D'une part, la limitation des courts séjours lowcost devrait s'imposer pour la pérennité de l'espèce. D'autre part, des villes et des régions flirtent avec la tourismophobie, cette nouvelle haine de l'étranger qui ne dit pas son nom.

Avec l'espoir de mieux répartir les flux, la communauté d'agglomération est ainsi invitée à réfléchir à une communication différente. L'attraction historique du Pays basque devrait permettre la valorisation d'autres espaces, plus variés, loin des plages, de la Rhune ou de la passerelle d'Holzarte. La multiplicité de notre région reste son principal atout. Car si des innocents viennent pour le soleil, la plupart montre l'envie de découvrir l'authenticité d'une terre aux panoramas typiques et à la toponymie exotique. Ainsi jouer la carte de la dissémination vers les terres contre le tourisme enclavé de la côte offre une solution à l'effet entonnoir. Plus drastique, le choix de limiter le nombre de visiteurs sur quelques sites sensibles a déjà permis d'équilibrer leur présence. Par ailleurs, si le tourisme a toujours été pluriel, il répond plus encore à de nouvelles attentes. Le couch-surfing, le troc locatif ou le locatourisme sont autant de leviers avec lesquels nous pouvons améliorer cette expérience partagée. Il revient ainsi aux acteurs économiques de concevoir le tourisme telle une exigence de renouvellement et de créativité permanente.

Cette pratique comporte des bienfaits moraux quand le touriste éprouve ce goût de l'ailleurs qui permet d'aller vers les autres. Sa venue crée des liens, élargit le lieu, bouscule l'entre soi et peut servir de remède à un certain ethnocentrisme ambiant. Des touristes aiment et connaissent mieux le Pays basque que ceux qui se contentent d'y habiter sans jamais le visiter. Ils ont le pouvoir de réveiller la curiosité parfois endormie de l'autochtone tellement fier d'être d'ici... Son rôle humain s'avère d'autant plus crucial que sans tourisme l'union européenne resterait un fantôme économique bardé de réglementations. Bref, il vaut mieux envisager le tourisme sous l'angle d'une activité d'échanges exigeants pour le bien commun. C'est la voie royale pour le développement matériel et humain de tous.

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