La pelote basque inspire le vide à l'architecture

A Donostia, l'Institut d'architecture d'Euskadi présente jusqu'au premier octobre Pilotalekuak, construire le vide, une exposition pour comprendre la richesse de cet espace de jeu dans la culture basque.

A travers trois salles d'importance inégale, plusieurs vidéos dans lesquelles on entend le bruit des pelotes claquer contre les murs donnent du mouvement et de la vitalité à cette exposition exclusivement consacrée à la dimension architecturale des jeux de pelote.

La première salle accueille le visiteur avec un texte analysant la dynamique du vide, capable d'instaurer un nombre indéfini de structures pour le jeu de pelote. Plongées dans le noir, des dizaines de photos d'espaces défilent sans commentaire ni légende afin de montrer la diversité et la beauté des espaces de jeu, depuis de simples lignes tracées sur des murs aux plus grands Jai Alai. Cette présentation brute embrasse la diversité et la beauté de ces lieux issus des sept provinces. Avec la coloration des murs, c'est avant tout une esthétique minimaliste qui met en avant la beauté des Pilotalekuak, à savoir les simples lignes de démarcation de l'espace de jeu.

La seconde salle, plus vaste, interroge directement le rôle architectonique du vide, à commencer par les plus anciens terrains de pelote, les champs où il était possible de jouer avec une pelote, à condition de qualifier l'espace en fonction des règles du jeu. Dans le milieu urbain le jeu de pelote va prendre possession des places publiques, et des archives témoignent de l'importance de la pelote à travers des plaintes et autres dénonciations d'incivilité. On assiste aussi à la construction de murs indépendants, alors que souvent les murailles servent d'air de jeu, comme dans la fameuse peinture où l'on voit les pelotaris jouer contre les murailles de Hondarribia.

Des éléments architecturaux sont présentés plus en détail, tandis que cinq places libres et leur implantation spatiale urbaine sont analysées par des schémas. Des maquettes rendent compte aussi de la situation de ces frontons situés à proximité de l'église, car ils servent de véritable poumon à la vie urbaine. En effet, de tels espaces permettent à la collectivité de se réunir autour du sport, du jeu, du spectacle, libérant ainsi chaque individu de la politique et de la religion.

La troisième salle suit l'évolution de la pelote vers le professionnalisme à partir du milieu du 19ème siècle. Dés que la pelote devient rentable puisqu'elle fait vendre des entrées, les gradins démontables sont pérennisés, ils deviennent plus conséquents, jusqu'à élever des superstructures dont le Jai Alai reste aujourd'hui encore le summum. Autour de l'air de jeu, les gradins offrent le confort d'un commerce juteux. L'architecture produit une sorte de théâtre qui entraine la spectacularisation de la pelote. On assiste en même temps à l'expansion des constructions de structures pour jouer à la pelote à travers le monde. L'affaire est rentable et les sociétés de construction basques exportent leurs modèles à Madrid, Barcelone, Shanghai, et surtout aux USA.

Dans la section Paradigmes, l'exposition étudie plusieurs lieux de pelote actuels, à partir de leurs plans et des vidéos qui font vibrer ces espaces. Enfin, après avoir montré des fonctions accessoires ou inattendues de l'espace de jeu, lors des fêtes ou avec l'installation des lits d'hôpital durant les conflits, le dernier panneau rapporte la pensée de Jorge Oteiza, selon qui le vide est à l'origine de l'énergie créatrice.

Précédent
Précédent

L'autre supplice des filles du feu