La religion d'un basque
Dans son dernier livre, La religion des basques, Michel Oronos réalise la fusion entre l'histoire de l'église, la théologie et le journal de confinement pour donner lieu à une oeuvre inclassable, entre pamphlet et testament spirituel.
Afin d'analyser la situation actuelle de la religion au Pays basque, Michel Oronos revendique d'entrée de jeu une approche limitée, modeste et personnelle. Sans ambage ni emphase, l'auteur fait le récit réfléchi de son engagement de prêtre dans le contexte tragique de l'évolution de l'église basque. Atteint de plusieurs cancers, Michel Oronos a frôlé la mort pendant plusieurs mois. Aujourd'hui il témoigne avec vigueur de sa foi en Jésus, de la recherche de la vérité et à sa condamnation de l'intégrisme. Dans ses textes antérieurs Michel Oronos appelait déjà à "faire exploser la caste", considérant le cléricalisme, cette appropriation et identification des clercs au sacré, comme le principal ennemi de l'église.
Celui qui a choisi d'appliquer à sa vie la formule de Saint-Anshaire, moine dedans, apôtre dehors, établit le constat amère de la déchristianisation du Pays basque, comme partout en Europe. La formule euskaldun fededun (le basque est fidèle) n'est plus qu'un souvenir assonant de la gloire de l'église basque. La crise des vocations se voit à ce que dans sa jeunesse les missionnaires basques allaient en Afrique, à l'inverse d'aujourd'hui. Aspirée par la société de consommation et une civilisation en crise, la population de notre univers post-chrétien se voue depuis plusieurs décennies à d'autres idoles innombrables. Bref, l'agonie du christianisme est sans appel.
Au 16ème siècle, l'euskara est la langue de la liturgie locale. Le cantique en euskara envoûte le clergé comme les fidèles. Au XXème siècle, le prestigieux renouveau liturgique au Pays basque dû au concile Vatican II a donné l'illusion d'une église solide, à la "volupté évidente", appuyée sur la culture basque inébranlable. De nos jours, le relatif engouement pour les enterrements religieux donne à peine l'illusion d'une église vivante. Avec ce constat historique, Michel Oronos livre une interprétation appuyée sur de nombreuses lectures théologiques. Non seulement l'église n'a pas réussi son aggiornamento, mais elle aurait tendance à revenir au concile de Trente, ce tridentisme qualifié par Michel Oronos d'institution "sacrale, cléricale et mâle". Sa critique virulente de la caste est alors un geste christique pour le salut de l'église.
Michel Oronos suit l'actualité à bout portant, à commencer par l'installation de Monseigneur Aillet à Bayonne depuis 2008. En établissant les faits, l'auteur attire notre attention sur la gouvernance autocratique, la théologie intégriste, la pastorale et la liturgie rétrogrades mise en place depuis lors. Proche des idées de Charles Mauras, l'église de Monseigneur Aillet se considère être au service de l'ordre. Ainsi la nostalgie du pouvoir de l'église oriente aujourd'hui l’Evêché de Bayonne. D'abord étonné du peu de résistance que cet intégrisme plus ou moins larvé rencontre parmi les clercs, Michel Oronos reconnaît que l'église basque est depuis longtemps traditionnelle. Par ailleurs, dans la société civile, seule l'association LGBT+ Les Bascos a su faire preuve de responsabilité et de réactivité contre le danger réactionnaire. Voilà pourquoi Michel Oronos exhorte les prêtres et la population à se rebeller contre l'intégrisme, en total accord avec la Lettre de Paul aux Galates (5,13) : " Mes frères, vous avez été appelés à la liberté."
La religion des basques. Editions Zortziko. 148 pages. 15 €