Un Pays basque toujours plus romain

La visite des thermes romains au musée Oiasso d'Irun révèle l'impact majeur de la présence Romaine pour le développement du Pays basque.

Les historiens du monde antique sont nombreux à expliquer le succès et la pérennité des conquêtes romaines par l'inclusion des populations autochtones. Au pays basque, les thermes publics d'Oiasso sont un exemple majeur de cette inclusion puisqu'ils proposent aux habitants une certaine culture de l'hygiène, liée à la relaxation du corps et de l'esprit. Découverts en 1996, les vestiges incroyables de ces bains ont déterminé l'implantation du musée Oiasso à Irun. Intégrées dans l'arrière court du bâtiment et protégées par des vitres, une passerelle permet d'observer les installations thermales vieilles d'environ 200 ans. Les visiteurs comprennent ainsi le parcours allant du froid au chaud, avec les salles tièdes intermédiaires, pour finir avec une pièce faisant office de sauna. En outre, le pavement de briques rouges disposé en forme de pointe vaut par sa dimension esthétique.

De fait, les romains arrivèrent au Pays Basque en l'an 200 avant J.C pour y demeurer trois à quatre siècles. Après une période de résistance à l'envahisseur, l'adoption de la culture romaine est visible à travers un grand de vestiges conséquents sur tout le territoire. Notable dans la zone de plaine favorable à l'agriculture et sur la façade maritime liée au commerce, l'influence de la civilisation romaine s'avère moindre dans la partie montagneuse. La région était surtout riche de ses minerais exportés depuis l'embouchure de la Bidassoa, dont l'étymologie latine signifie "route d'Oiasso", l'actuelle Irun. A Oiartzun, les mines d'Arditurri qui furent les principales productrices de fer de la province de Taraconnaise montrent la coopération des basques avec les romains. La romanisation se réalise globalement à travers la fondation de ville et de colonies, favorables au développement des techniques agricoles, au développement commercial et au final à l'intégration des habitants à la civilisation romaine. L'organisation politique des villes suit le modèle romain et les magistrats locaux deviennent citoyens romains. Le modèle des villa se répand avec un certain art de vivre. De ce côté des Pyrénées, les romains installent au IVe siècle un camp fortifié sur les hauteurs qui surplombent l’Adour et la Nive : cette place forte baptisée Lapurdum est le premier nom de Bayonne dont le contour est encore visible avec les vestiges de sa muraille et ses tours. Au passage, la mise en place de deux unités administratives par l'empereur Auguste, à savoir la province de la Tarraconaise et l'Aquitaine, constitue une décision historique déterminante jusqu'à nos jours.

En quelque sorte, au lieu d'imaginer que le peuple basque a traversé les siècles grâce à un mythique isolement, une coopération positive avec les romains semble l'avoir plutôt renforcé. La romanisation du Pays Basque aurait permis d'intégrer une civilisation universelle et la permanence de la culture locale serait le fait d'une adaptation aux techniques nouvelles. Au-delà du projet touristique "Irun destination romaine", les thermes d'Oiasso donnent ainsi à réfléchir sur le protectionnisme impulsé ces derniers mois par l'administration de Donald Trump. Dans Race et Histoire, Levi-Strauss affirmait déjà la nécessité des échanges pour éviter la sclérose des civilisations : « Tout progrès culturel est fonction d’une coalition entre les cultures. » En d'autre termes, le défi d'une culture consiste à se fondre dans la culture de l'autre sans perdre ses différences. Les thermes romains d'Oiasso réalisent ce défi avec brio.

Précédent
Précédent

Baserri Igartubeiti

Suivant
Suivant

Eloge de la folie par temps d'épidémie