Le Photomuseum, derrière la plage
A Zarautz, le Musée de la photo et du cinéma favorise une salutaire réflexion sur le rôle des images et des techniques dans nos vies.
Installé dans une grande villa typique de la villégiature de la côte basque, le Photomuseum est né en 1993 de la fusion de deux collections privées d'appareils et d'images, appartenant au photographe et collectionneur Ramón Serras et à Leopoldo Zugaza, créateur notamment de la foire de Durango. Proche de la plage, cet ensemble riche et incontournable s'avère être l'unique musée de la photographie de l'état espagnol.
La visite commence avec la préhistoire de la photographie, au quatrième et dernier étage. On y trouve la fascination universelle des images, à travers le théâtre des ombres chinoises ou les lanternes magiques. Le poliorama, le mégalèthoscope, le thaumatrope et d'autres techniques pour "faire des images" sont présentés avec le matériel et des explications claires, qui posent la question du statut de l'image, avant même d'être une photographie. La magie de ces images parcourt un long chemin jusqu'à l'invention de ce médium, présentée au troisième étage. Si Niepce fut le premier à capter une image de la réalité sur une plaque d'étain grâce à la lumière, Daguerre fixa dès 1839 l'image sur des plaques de cuivre polies. La photographie avance main dans la main avec les progrès de la chimie : le procédé au collodion et le sténopé précèdent le film constitué d'une longue bande celluloïd qui permet à la firme Kodak de diffuser sa pratique. La couleur attendra les frères Lumière, et l'usage des grains microscopiques des fécules de pomme de terre teintés en trois couleurs, tandis que l'invention de la photographie numérique clôt ce parcours dense.
Le deuxième étage présente les types de photographie, du portrait qui a contribué à la généralisation du médium, jusqu'au jeu infini des manipulations, en passant par les images artistiques des XXe et XXIe siècles. Les oeuvres de noms basques de la photographie sont présentés avec d'autres artistes, notamment les canulars visuels hyperréalistes de Fontcuberta qui contestent l'objectivité de la photographie par ses collages aux allures scientifiques déroutantes. Le coeur critique du musée bat ici. Il est évident que les images ne sont pas un simple reflet de la réalité, mais plutôt la structure qui organise notre culture, notre vie politique et notre approche de la vérité. C'est notre quotidien. Sur Instagram, TikTok ou YouTube, les images diffusées en continu pour attirer des vues, des clics et des revenus publicitaires sont évaluées en fonction de leur audience et rentabilité. Pour Régis Debray, chaque époque technologique définit un certain rapport aumonde, et que le flux numérique est un regard économique.
Les usages de la photographie et à l'invention du cinématographe constituent le double intérêt du premier étage. Dans le domaine de l'édition, la collaboration avec la science ou l'architecture et le journalisme, avec l'incontournable Leica, la présence des images est telle que nous découvrons le monde à travers elles, comme à travers les ombres de la caverne de Platon.
En somme, la masse de matériaux mis à la disposition du visiteur dans un espace relativement restreint permet à chacun de méditer sur sa relation aux images et sa pratique personnelle de la photographie. À l'heure où l'image numérique, produite et diffusée en continu, échappe de plus en plus à notre contrôle ( jusqu'à nécessiter, dès le 2 août, une obligation de signaler tout contenu généré par IA ), la visite du Photomuseum rappelle que la photographie fut un long apprentissage du regard, que chaque génération doit refaire.