L'engagement citoyen de +Brauer Factory et son utopie de la Robolucion

L'artiste Bruno Brauer a ouvert à Saint-Jean-de-Luz un atelier de création et de réflexion consacré aux robots : +Brauer Factory.

Né à Biarritz, l'artiste plasticien Bruno Brauer a réalisé pendant 25 ans le graphisme de pochettes de disques pour les plus grands labels. En parallèle, sa pratique artistique embrasse la peinture et des oeuvres à base d'objets de récupération, car sa pratique de "l’upcycling" consiste à transformer des matériaux usagés en oeuvres d'arts. Bruno Brauer redonne vie aux objets, le plus souvent des pièces industrielles, trouvées dans les anciennes usines, les foires, les brocantes, les décharges, les garages etc... Aujourd'hui des institutions comme les Arts et Métiers à Paris mettent en avant sa démarche et ses oeuvres sont régulièrement exposées dans de nombreuses galeries, à Amsterdam, Dubaï, Genève, Madrid, Paris, Taipei. Grâce à cette reconnaissance internationale, l'artiste se consacre définitivement à la création.

Au centre de Saint-Jean de Luz, Bruno Brauer vient de rénover un local consacré à l'art de la récupération et à la "Robolucion" qu'il mène depuis 30 ans. En organisant des ateliers pour les enfants, +Brauer Factory permet aussi de réfléchir aux enjeux de notre société et de montrer notamment que les objets, même les plus anodins, méritent plusieurs vies. "Je mène une lutte artistique contre la société de surconsommation en transformant des matières récupérées, précise Bruno Brauer. La Robolucion est un slogan issu de mes années de travail dans l'univers du marketing. Toutefois, si ma démarche porte un message écologique fort, je suis pessimiste. Le combat semble perdu à courte échéance, car notre modèle de croissance n'est pas vertueux. On consomme de plus en plus d'énergies et il n'y a pas de réelle transition énergétique. Je me définis plutôt comme un utopiste, cela m'évite de devenir misanthrope. "

La beauté des robots de +Brauer Factory tient à l'harmonie des pièces qui ne sont pas empilées. La fabrication exige jusqu'à plus de 100 heures de travail pour les grandes pièces. A partir d'un dessin ou directement sur la matière récupérée, l'artiste perce le métal à partir de boitiers électriques qui servent de base, il décape les pièces, il les modifie pour adjoindre des éléments transparents et soude l'ensemble. Il reste à ajouter l'électricité, cette mise en lumière qui fait l'âme du robot. Chaque oeuvre est démontable pour que les gens aient accès aux ampoules. En somme, + Brauer Factory décline un style de robots qui sont tous semblables et uniques, et depuis peu il fabrique des "robotes" avec des attributs féminins. Chaque robot est baptisé comme un enfant, et l'artiste s'en sépare à contre-coeur. Bruno Brauer explique ainsi l'engouement pour ses oeuvres : "Mes clients ont un coup de foudre en s'identifiant à une présence. De même, des enfants me laissent des messages pour faire part de leur émotion avec les robots présentés en vitrines".

Si l'intérêt de Bruno Brauer pour les robots remonte à une enfance passionnée de science-fiction, l'inquiétude liée au progrès remplace à présent cette attirance ludique. A ses yeux, les robots humanoïdes participent à la déshumanisation de la société, comme ces nouveaux robots qui font la conversation aux patients dans des maisons de retraite allemandes. Contrairement à ces humanoïdes couverts de plastique, le graphisme des robots de +Brauer Factory n'a rien d'humain. La créativité de l'artiste est surtout inspirée par les jouets japonais des années 1950/1960. D'ailleurs, Bruno Brauer tient un discours critique sur l'évolution de la robotique : "les robots sont utiles pour suppléer l'humain dans les taches difficiles, mais pas pour faire la guerre avec des drones. Aujourd'hui ils menacent de prendre notre place et leur démesure s'avère dangereuse : s'agit-il encore d'un progrès quand un robot débite 100 arbres en une heure ? "

Tandis que Elon Musk a décidé de reconvertir son usine californienne de Tesla en agressive fabrique à humanoïdes, depuis le Pays basque l'engagement citoyen de +Brauer Factory proclame : "Viva la roboluciòn !”

@Brauerrobots

5, rue jean Bague. Donibane Lohizune.

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