UN PETIT LOUVRE AU PAYS BASQUE

Après 14 ans de travaux, le musée Bonnat-Helleu a rouvert ses portes fin novembre à Bayonne. Le bâtiment a été entièrement repensé et l'ensemble de sa stupéfiante collection restaurée, avec des oeuvres de Rubens, El Greco, Murillo, Delacroix, Degas, Sorolla, le fascinant autoportrait aux lunettes de Goya et la "baigneuse"d'Ingres, rebaptisée La Joconde de Bayonne. Le musée propose aussi l'un des plus prestigieux cabinets de dessins au monde : 3 500 oeuvres comprenant Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Dürer, Rubens, Rembrandt ou Poussin.

Au-delà de ces collections prestigieuses, ce "petit Louvre" propose une autre expérience de l'art, basée sur le décloisonnement des espaces et un parcours intuitif, sans chronologie. Le musée s'adresse avant tout aux émotions du public en l'invitant à déambuler parmi les époques et les civilisations mélangées. A chaque visite le plaisir résulte de l'interaction personnelle entre le visiteur et la prolifération des oeuvres orientées autour des thèmes du corps, du sacré et du pouvoir.

Ce parti pris audacieux en faveur d'une liberté plus grande des visiteurs semble être la conséquence ultime de l'évolution historique du rôle des musées en France. D'abord pensés pour véhiculer les idéaux de la Révolution, les musées ont ensuite eu pour objectif d'instruire les artistes, avant de prendre en considération le public. Les musées ont alors joué un rôle clef pour l'instruction des citoyens et la transmission des valeurs républicaines. Si le nouveau modèle de musée qui s'impose au début du XXIème siècle vise à poursuivre la démocratisation de la culture, il constitue aussi une réponse plus ou moins spectaculaire à la montée galopante du tourisme.

Un autre point fort du musée Bonnat-Helleu tient à sa volonté de conserver son âme bayonnaise pour demeurer irréductible à une annexe du Louvre. Quoi qu'il en soit, la matrice de son trésor provient du legs par Léon Bonnat de sa collection pléthorique à sa ville natale, en 1891. Les choix de placer l'individu au centre des préoccupations d'un musée à taille humaine et de proposer un accrochage original dans un espace ouvert explique son vif succès populaire depuis sa réouverture. Si comme l'affirme Renzo Piano “Le musée est la meilleure arme qui soit contre la barbarie”, alors nous disposons aujourd'hui au Pays basque d'un nouvel atout pour affronter l'obscurantisme des temps présents et à venir.

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