‍ Jean-Daniel Beauvallet, Inrockuptible

Après avoir vécu en Angleterre 40 ans, le co-fondateur des Inrockuptibles a jeté l'ancre à Biarritz, son amour de jeunesse.

Originaire de Touraine, Jean-Daniel Beauvallet découvre le Pays basque lors de vacances en famille au VVF d'Anglet. En 1969, ce fut d'abord un choc physique : "Je me souviens des falaises avec le vacarme des vagues et leurs coups de butoir qui remuent les tripes. On ne fait pas le mariole avec l'océan, l'humain y est à peine toléré. La violence de l'océan éveille un respect sacré. "

Le Pays basque fut aussi une école de la liberté où tout lui était permis. Avec ses frères, il descendait seuls à la plage, avant de passer les nuits de son adolescence au Play Boy. Son "intégration basque" aura lieu vers la fin des années 1970, grâce à des amis locaux amoureux, comme lui, de disques. A vingt ans, Jean-Daniel part vivre sa passion de la musique à Manchester. Il quitte les plages d'Anglet au mois de septembre 1983 pour atterrir dans la neige anglaise. Son dernier livre à succès, Mind The Gap (éditions Braquage) raconte avec brio ses quarante années passées sur l'île. Il y rencontre Sarah en 1986, sa femme anglaise qui partage son obsession de la côte basque dès l'été suivant.

Atteint de la maladie de Parkinson depuis quelques années, Jean-Daniel sait que Londres tolère moins les handicapés que Biarritz où il s'installe définitivement avec Sarah en 2022. Puisqu'il se considère "hors-jeu" à Paris où il a vécu 7 ans et ne ressent pas d'intimité avec Tours, il répète avec joie : "Ton chez toi, c'est l'endroit où tu veux que les gens te rendent visite." Aujourd'hui Jean-Daniel se présente comme "urbain biarrot". Quand il parle de sa fierté de vivre au Pays Basque dans les médias, il est plus virulent que le syndicat d'initiative. Il veut participer à la vie collective en ramassant les plastiques sur les plages. Au stade Aguilera où The Police et son groupe vénéré XTC firent un concert improbable en 1979, Jean Daniel suit les matchs avec Sarah qui chante en basque : "Hegoak est aussi bouleversant que You will neverwalk alone."

L'ancien journaliste est à l'écoute du Pays Basque composé, selon lui, de cercles concentriques : "A Bayonne, le petit Bayonne est un ailleurs, tel autre village est un ailleurs. Dans certains endroits, je me sens intrus, mal à l'aise. Je n'ai pas les clefs, les codes me manquent. Personne ne me regarde de travers, mais c'est comme s'il fallait un passeport pour aller dans cet autre Pays. Je ne suis pas à ma place au milieu des messages politiques. Ceux qui disent que le Pays Basque n'est pas à vendre peuvent s'en prendre à leurs parents."

Jean Daniel définit la culture basque par le bien vivre et un rapport étroit avec la nature, riche de l'océan et de la montagne. Il y voit une relation unique à la terre. La cuisine basque se condamne ainsi à l'excellence par la richesse du terroir et des ports. L'inventivité de la gastronomie est visible dans les menus audacieux de restaurateurs ayant parcouru le monde et adapté d'autres techniques pour des créations originales. D'un point de vue musical, le fondateur des Inrockuptibles admire la scène alternative basque des années 1980, à ses yeux l'une des plus intéressantes et des plus vastes de toutes les régions d'Europe. "Basée sur l'entraide, chaque village avait ses groupes basés sur l'héritage des Clash.Sans pouvoir saisir les paroles, j'imaginais leur vie et leurs revendications. Cette révolte et cette rage étaient musicalementhyper-puissantes". Jean-Daniel célèbre par ailleurs Benito Lertxundi, surnommé le "Léonard Cohen basque".

Si les basques sont persévérants et connaissent leur culture, ils sont aussi réservés : Jean-Daniel a dû faire ses preuves pour être accueilli, car les amis ne se donnent pas. Il ressent cette "culture étrangère" qui détermine leurs attitudes. "J'admire surtout la capacité des basques à faire des choses locales dans tous les domaines d'activités, et à ne pas croire enla fatalité que la seule solution est l'exil. " Aussi rien ne l'énerve plus que ces parisiens qui débarquent pour donner des leçons de vie parce qu'ils imaginent une province où on se la coule douce.

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