Un texte en vascon vieux de 2000 ans gravé sur la Main d'Irulegi
La publication en novembre 2022 de cette découverte archéologique a reçu un écho mondial pour les connaissances linguistiques majeures qu'elle apporte sur les origines du basque.
C'est le 14 novembre 2022 que l'association scientifique Aranzadi a rendu publique la découverte de la désormais célèbre "Main d'Irulegi", sur laquelle on peut lire la plus ancienne inscription connue en proto-basque, l'ancêtre du basque actuel. Trouvé lors de fouilles archéologiques menées sur la colline d’Irulegi à l'est de Pampelune, en Navarre, cet objet date du 1er siècle avant JC. Il constitue la preuve indéniable que les vascons (nom du peuple situé des deux côtés des Pyrénées, dans un périmètre plus large que le Pays basque d'aujourd'hui), étaient capables d’écriture, sinon de littérature, un siècle avant notre ère. Interrogé sur France culture, le linguiste Joaquin Gorrochategui a expliqué que jusqu'alors on croyait que les basques avaient laissé des traces écrites uniquement à partir de l'introduction du latin par les Romains. Avec la Main d'Irulegi, on sait que les vascons étaient déjà alphabétisés et qu'ils disposaient d'un système graphique proche du système paléo-hispanique.
Plus précisément, il s'agit d'une main en bronze de 36 grammes, de 14,31 cm de hauteur, 12,79 cm de largeur et d’une épaisseur de 1,09 mm. Le texte gravé est composé de 5 mots de 40 signes sur 4 lignes. Les quatre lignes constituent un texte complet, non une simple partie de texte. Trouvée à l'entrée d'une maison, la Main d'Irulegi serait un porte bonheur qui protégeait ses habitants du mauvais sort. Ainsi Sorioneku, le premier mot gravé dans le bronze, est transparent avec le zorioneko du basque actuel qui signifie « de bonne fortune, de bonne augure ». En revanche, l'évolution de la langue au cours des deux millénaires ne permet pas de traduire les 4 autres mots du texte. Cette découverte a été réalisée avec toutes les garanties, du fait que le processus d'extraction du sol a été enregistré en vidéo et photographié.
L'histoire de cette découverte chemine sur plusieurs années. Depuis 2007, les archéologues de l'association Aranzadi poursuivent des recherches sur la colline nommée Irulegi, à une dizaine de kilomètres de Pampelune, là où se trouvent les ruines d'un château du Moyen-Âge. Une radiographie du terrain a ainsi révélé les soubassements de deux maisons et d'une rue, datant de l'âge de fer. Les chercheurs ont retrouvé des traces de bois brûlés, de céramiques cassées, des armes en bronze qui ont donné lieu à l'hypothèse d'une ville incendiée et détruite lors d'une conquête. Cette attaque qui remonterait à la "guerre sertorienne" (de -80 à -72) a rendu possible la conservation sous terre des témoignages de cette époque durant plus de 2000 ans. Les restes d'un enfant ont été découverts en 2020, avec deux maisons et une rue qui remonte à l'âge de fer. Et le 18 juin 2021, c'est la jeune archéologue Leire Malkorra, au sein de l'équipe de Mattin Aiestaran, qui a exhumé la main en bronze. Son importance n'a toutefois pas été révélée avant le 18 janvier 2022, car Aranzadi a confié l'ensemble des pièces trouvées sur place aux autorités du gouvernement de Navarre, et il a fallu attendre des mois pour mener à terme l'ensemble des expertises, avant de révéler que cet élément en bronze correspondait à une main droite, plate, assez bien conservée. Il a fallu attendre encore le nettoyage de la main avant que l'association scientifique Aranzadi ne reçoive un appel pour indiquer la présence extraordinaire d'un texte.
L'annonce de la découverte de la main d'Irulegi par la presse basque et internationale a déclenché une séries d'articles scientifiques général. La fondation américaine Heritage Daily a placé la Main d'Irulegi parmi les dix principales découvertes archéologiques de 2022. Au planétarium de Pampelune, 6000 personnes ont déjà pu admirer la Main d'Irulegi à travers une vitre, le temps d'un après-midi du mois de décembre. Nombreuses sont les boutiques du Pays basque qui présentent déjà la fameuse main d'Irulegi en collier ou sous la forme d'autres bijoux.
Quant à l'association scientifique Aranzadi, elle estime avoir encore dix ans de travail sur le chantier d'Irulegi. Le chef de l'équipe chargée des fouilles, Mattin Aiestaran, caresse l'espoir de trouver d'autres biens de valeur. Rien n'empêche d'exhumer de nouveaux témoignages de l'ancêtre du basque remontant à plus de deux millénaires.