La présence de l'art préhistorique

Les découvertes de représentations humaines et animales dans les grottes d'Erlapiku et d'Armintxe en Biscaye qui viennent enrichir la présence de l'art pariétal au Pays basque donnent aussi l'occasion de réfléchir à leur influence sur l'art contemporain. En effet, la région est un carrefour culturel millénaire où, entre autres, les sites préhistoriques d'Ekain, Santimaniñe, Izturitz, Oxocelhaya constituent d'inépuisables références pour les artistes depuis plus de soixante ans.

Ainsi en étudiant les cercles de pierres néolithiques, Oteiza a conçu son esthétique du vide comme énergie spirituelle protectrice. Pour les motifs de sa forêt peinte à Kortezubi, Ibarrola s'est directement inspiré des grottes voisines de Santimamiñe. Goenaga a revendiqué l'influence des peintures préhistoriques sur ses oeuvres abstraites ou figuratives. En 2021 au Bellevue de Biarritz, Zigor faisait remonter le public aux origines de l'art basque, bien avant le christianisme, grâce à une scénographie en lien avec les grottes d'Isturitz. De même, il est significatif que deux importantes galeries d'art contemporain de Donostia portent le nom de sites préhistoriques. La galerie Altxerri (fermée depuis fin décembre 2023) et la galerie Ekain ont fait nommément le lien entre leur programme d'expositions et les toutes premières manifestations de l'art. En somme, cette forte présence de sites préhistoriques ornés a joué une influence sur l'art basque dont il reste à écrire l'histoire.

Plus précisément, la maitrise technique "primitive" a pu émanciper le geste des artistes, de même que la façon dont l'art pariétal intègre les reliefs naturels pour mettre en valeur l'anatomie des animaux annonce les oeuvres in situ. Auréolés par l'énigme des origines, les bisons d'Ekain sont aussi légitimes que Picasso pour la formation des nouveaux artistes. Si les oeuvres de la préhistoire témoignent d'une relation profonde entre l'humanité et l'environnement, leur sens mystérieux permet également de renouveler le regard des artistes. Car après des millénaires d'histoire, la créationd'aujourd'hui n'est pas plus avancée qu'à l'aube de l'humanité. En d'autres termes, toute création originale s'efforce de recommencer de zéro, car la notion de progrès s'applique mal à l'art. Face à la vie, à la mort ou à la place de l'humain dans l'univers, les artistes contemporains ne sont pas plus avancés que leurs plus lointains ancêtres.

Non seulement l’exécution de figures parfois proches de l'abstraction et la richesse de l'ornementation prouvent l'habilité technique des premiers artistes, mais les thèmes concernant les relations entre les animaux et les hommes permettent aussi de réfléchir à la place des êtres humains dans l'univers. Le recul de la préhistoire a beaucoup à nous apprendre, et durant la dernière décennie, les études de l’art pariétal se sont développées au Pays basque. La découverte de sites comme Erlaitz en 2015, l'invention de manifestations artistiques dans des sites déjà connus, la poursuite des études des figures schématiques ou celles de signes qui renvoient à une organisation symbolique échappent encore à notre compréhension.

Pour les artistes, les fouilles archéologiques sont une aubaine de renouer avec la sensibilité vivante de ces oeuvres dont le souffle et les figures stylisées permettent d'approfondir leur démarche personnelle. En somme, les peintures pariétales conjuguent le passé, le présent et le futur d'une création artistique toujours recommencée.

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