Rencontre avec Didier Arnaudet
"La volonté de partager l'histoire de l'art des années 70 à nos jours"
La 9ème édition de la Biennale d'art contemporain d'Anglet se tient jusqu'au 19 octobre dans trois lieux différents. Son commissaire, Didier Arnaudet, présente le programme ambitieux de ce rendez-vous incontournable pour la région, et bien au-delà.
Ecrivain, critique d'art et commissaire d'exposition, Didier Arnaudet se forme dans les années 70 en fréquentant des artistes tels que Buren, Annette Messager, Boltansky ou Jean-Louis Froment, créateur du CAPC. La ville d'Anglet a confié pour la cinquième fois à Didier Arnaudet l'organisation de la biennale d'art contemporain.
Quelle est la particularité de cette neuvième édition ?
A l'idée initiale d'occuper le littoral par un geste culturel, s'ajoute le désir de réinscrire le centre ville d'Anglet dans la Biennale. Comme les oeuvres disséminées sur la côte tendaient à se perdre dans le paysage, nous avons recentré les oeuvres et rapproché l'art des habitants en utilisant les structures artistiques d'Anglet : la Villa Beatrix Enea et la galerie Pompidou. Le public dispose ainsi de trois blocs d'exposition pour comprendre l'histoire de l'art des années 70 à nos jours. Les oeuvres du littoral sont regroupées à la Barre, où Kevin Rouillard, Jennifer Caubet, MBL architectes et Flora Moscovici disposent d'une force particulière pour L'Ici et L'Ailleurs. Probité de l'image à la Villa Beatrix Enea expose des artistes historiques, d'Antoni Tapies à Kiki Smith, et la Galerie Pompidou présente Hiru, une expérimentation dejeunes artistes, Io Burgard, Mathilde Denize et Chloé Royer qui ont l'énergie et le regard pour saisir les enjeux actuels. Cette édition fait suite à une dynamique très positive. Dés 2011 les oeuvres de Vincent Mauger et Antoine Dorotte furentinvitées à la Fiac, offrant une reconnaissance nationale à la Biennale et entrainant la participation d'artistes majeurs, notamment Ange Leccia ou Mathieu Mercier. Cette édition est déjà une réussite populaire, car durant l'installation les gens ont exprimé leur plaisir de voir l'art de retour. Nous restons modestes, sans les moyens de la biennale de Lyon ou deNantes.
Comment avez-vous travaillé ?
Le maire et les services de ville se sont mobilisés comme pour chaque édition. Les techniciens ont fait preuve de souplesse et d'adaptation pour résoudre les difficultés, l'équipe de médiation est prête à rapprocher les habitants des oeuvres. Pour ma part, préparer une exposition consiste à mettre les oeuvres en conversation. Je m'imprime des lieux à partir desquels je trouve les artistes pour les inscrire dans cet espace défini ensemble. La création d'un univers est une question d'équilibre. Chaque oeuvre doit être à sa place si l'on veut aboutir à un tout cohérent. Ainsi dans l'écrin de la villa Beatrix Enea, j'ai travaillé autour de la personnalité de Jean Frémon, directeur de la galerie Lelong, et selon moi un des plus importants écrivains actuels. M'ayant donné accès à son catalogue, j'ai d'abord choisi les artistes, puis les oeuvres avant de les organiser salle par salle. Sur le site de la Barre, les allées cimentées peintes par FloraMoscovici permet de relier les oeuvres et de produire la vue d'ensemble d'un univers. Elles s'organisent autour de la composition florale de luminaires réalisée par Mathieu Mercier, conservée par la ville d'Anglet depuis l'édition 2013, selon moi emblématique de ce que permet l'art d'aujourd'hui.
Que souhaitez-vous offrir au public ?
Si les artistes des années 70 libéraient les oeuvres des carcans, aujourd'hui cette qualité des oeuvres se perd à force d'installations et de dispositifs. Or, le concept d'oeuvre est ma principale préoccupation : je tiens à exposer des oeuvresbien définies de chaque artiste, comme à Beaubourg. Dans ces conditions, j'ai invité les artistes à inscrire leur oeuvre dans l'espace. Ainsi un mur est un espace, et il s'agit de trouver l'oeuvre dont la force sera décuplée par cet espace. C'est Jean-Louis Froment qui m'a fait comprendre à quel point l'oeuvre se nourrit de l'espace pour y trouver sa place. Je ne veux surtout pas de surcharge sur les murs. De la même manière, sur le littoral, chaque oeuvre renvoie à une idée particulière en relation avec l'environnement. En quelque sorte, je cherche une qualité de présence qui ne s'épuise pas au premier regard. Une oeuvre doit exister par elle-même. Sa présence offre une résistance, une confrontation qui ne laisse pas intact. Il s'agit d'abandonner nos préjugés. C'est un bon début de ne pas comprendre, puisque toute oeuvre est une pensée qui permet d'ouvrir l'esprit et le regard.Dans cet ordre d'idée, un collectionneur m'a avoué découvrir ses oeuvres tous les matins… En somme, la Biennale d'art contemporain d'Anglet est un ensemble de propositions qui suscitent l'imaginaire et le regard. La Biennale invite tout le monde à faire une expérience esthétique et à regarder son environnement familier de manière différente. La rencontre entre une personne et une oeuvre peut venir d'une référence à l'histoire de l'art, ou d'autres choses beaucoup plus intimes. Chacun peut y projeter un élément qui résonne en lui. C'est la force de l'art.