Le soft power de la culture basque

Le Pays basque ne vivra pas de tradition seulement, mais aussi de toute sa force créatrice que les autorités compétentes ont à soutenir

Vers 1990, l'américain Joseph Nye a développé le concept de "soft power" ou "pouvoir de convaincre", lequel défend des intérêts particuliers sans coercition. La culture fait justement partie de ces ressources dont le poids est prépondérant pour la réputation d'un état ou d'une région.

L'aura d'un lieu ne correspond pas toujours à sa dimension économique ou géopolitique réelle. Tandis que la musique celtique bat dans le coeur de tout l'occident, d'autres régions semblent inexistantes car leur culture reste ignorée. Ici aussi, il faut reconnaitre le rôle majeur des artistes qui font surgir la “puissance douce” du Pays basque. Le soft power culturel n'implique pas de vendre son âme à la globalisation, mais plutôt d'échanger une expérience basée sur une multiplicité d'influences et de savoirs faire particuliers. Loin d'une volonté de suprématie à la chinoise face à l'occident jugé trop individualiste, le soft power n'oppose pas toujours des modèles du monde quand il attire l'attention d'autrui par la séduction de l'art.

Or, la gestion culturelle du Pays basque ressemble à celle d'un parc à thème, avec ses spectacles folkloriques et ses marchés de produits frais qui font l'unanimité. Un beau pays de carte postale, avec ces panneaux de signalisation bilingues aussi propres que des cartels de musée. Les associations folkloriques ont le mérite d'entretenir des relations humaines qu'on nous envie ailleurs, mais l'intérêt souvent exclusif qu'elles suscitent empêchent d'accéder au présent. Le folklore offre les belles photos en costume, mais il peut faire également obstacle à l'intérêt pour les nouvelles productions. Loin du conformisme, la culture véritable exprime une singularité, ce qui rend l'oeuvre universelle et désirable.

Par ailleurs, cette conversion des ressources imaginatives et créatives en vecteur d'influence s'avère nécessaire à l'intérieur même du Pays basque. Par exemple, de plus en plus de jeunes savent l'euskara, et il faut passer par l'imaginaire pour qu'ils le vivent au quotidien. Seul le renouvellement constant de l'offre artistique produit des modèles capables d'orienter les choix de l'individu en phase avec son époque. Lorsque Madonna danse au rythme de la txalaparta, le trio Kalakan invité dans sa tournée libère l'instrument de sa curiosité exotique pour l'intégrer et lui offrir sa place légitime sur la scène mondiale. Le succès du collectif Bilaka avec la chorégraphie de Gernika présenté à Bayonne en janvier est sans aucune doute une réussite qui doit servir de modèle. Le spectacle doit en effet parcourir la France, avec Paris en ligne de mire. Au sud, la trilogie de Dolores Reddondo a transmis les prénoms et la toponymie du Baztan à travers le monde. Quant au succès phénoménal du groupe Huntza, il suscite l'envie d'apprendre l'euskara à des milliers de fans insensibles aux campagnes d'AEK. De telles réalisations prouvent que nous ne sommes pas relégués en marge du présent, dans un espace de vacances ou de maisons secondaires, puisqu'on peut se réinventer avec nos particularités capables de séduire les étrangers. Et nous mêmes.

La création culturelle joue donc un rôle fondamental pour la promotion du Pays basque. Elle fait appel à l'investissement et à la foi. Soutenir des projets, signifie croire aux rêves et encourager les efforts de celles et ceux qui éprouvent le besoin de s'exprimer dans tel domaine artistique. La communauté d'agglomération serait alors bien inspirée d'avoir une politique de promotion de l'industrie culturelle généreuse en investissant comme elle le fait déjà dans le sport ou le tourisme. Soutenir financièrement la création est la seule façon de vivre au présent et d'envisager l'avenir.

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