Le Guggenheim célèbre ses 25 ans à Bilbao

L'inauguration du musée Guggenheim le 17 octobre 1997 a métamorphosé l'image de la capitale de Biscaye et celle du Pays basque. Sa réussite constitue un modèle de développement économique dans le monde entier. Rétrospective d'un miracle.

Le musée-monument de Franck Gehry est beaucoup plus qu'une icône de l'architecture capable d'attirer plus d'un million trois cents mille visiteurs chaque année. Les grandes écoles de commerce et d'urbanisme évoquent "l'effet Guggenheim" ou "l'effet Bilbao" pour étudier le rôle de la culture comme moteur économique. Elles analysent le pari du gouvernement autonome basque et de la députacion de Biscaye qui ont insufflé le renouveau de la vie économique, sociale et artistique de Bilbao et de sa région en faisant appel à la fondation Guggenheim. Il aura fallu de l'audace pour construire un musée d'art moderne et contemporain sur les berges d'une ville au lourd passé industriel, en marge des circuits touristiques. Ce projet inédit n'a suivi aucun modèle, et depuis, ses nombreux épigones à travers le monde sont loin d'obtenir un succès comparable. Le musée Guggenheim a placé le Pays basque au centre de l'art mondial, sur la route lucrative du tourisme culturel. Aujourd'hui son impact sur l'activité de la région autonome s'élève chaque année à plus de 450 millions d'euros par an, avec des milliers d'emplois maintenus et d'importantes recettes fiscales. Une véritable manne. Le Guggenheim est la Tour Eiffel, le Louvre, le miracle de Bilbao. Les touristes venus du monde entier rêvent de faire un selfie avec sononduleuse silhouette de titane. Le succès du musée tient surtout à un fonds d'oeuvres exceptionnel et à plus de 200 expositions grands publics proposées en 25 ans. Son éclectisme assumé rime toujours avec une qualité de niveau international. Sa programmation va de "500 ans d'art en Chine" au Pop art américain, en passant par des expositions thématiques sur Michel-Ange, Rubens, Picasso, et les grandes rétrospectives des superstars de l'art contemporain : Yoko Ono, Baselitz ou Bill Viola. Le Guggenheim est aussi une vitrine exceptionnelle pour les artistes basques, notamment Chillida, Oteiza, Pello Irazu ou Cristina Iglesias. Si le musée remplit son rôle par la diffusion de l’art, il attise également l’inspiration créatrice dans toute la région. A quelques encablures du Guggenheim, le très riche musée des Beaux arts reçoit sa part belle de public, et les galeries situées aux alentours accueillent avec enthousiasme les touristes curieux.

Il ne faudrait pas oublier que le monument réalisé par Franck Gerhy s'insère dans un vaste projet d'infrastructures qui ont valu à Bilbao le prix du meilleur projet urbain au monde en 2004. Un port a été déménagé à une dizaine de kilomètres, les friches ont été comblées pour laisser place à un nouveau quartier, le casco viejo a reçu une complète rénovation, le tramway a été mis sur les rails ainsi que trois lignes de métro, avec des extensions prévues. Là aussi, l'aura du Guggenheim a catalysé les nombreuses réalisations architecturales qui ont remodelé le paysage urbain. Les plus prestigieux architectes ont fait de Bilbao un vaste laboratoire d'innovations à ciel ouvert : Norman Foster avec les impressionnantes "stations cavernes" du métro, Philippe Starck pour l'Ahondiga, César Pelli qui a dressé la tour Iberdrola, Zaha Hadid pour la régénération de Zorrozaurre.

Le Guggenheim est beaucoup plus qu'un musée. Il a changé le regard que le monde porte sur Bilbao et le Pays basque. Il fait la fierté de ses habitants. Il prouve que l'art peut sauver une ville et que les décisions politiques au niveau local sont récompensées. Passer les portes du Guggenheim, c'est entrer dans ce nouveau millénaire multipolaire. Après un quart de siècle, le vaisseau en titane amarré sur les berges du Nervion continue d'insuffler l'énergie d'un autre monde possible. Et le slogan choisi par le musée pour son anniversaire propage cette idée à merveille : « L’art inspire le futur ».

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