Les ambitions cosmiques de Giovanni Anselmo

Avec la retrospective "Giovanni Anselmo : Au-delà de l'horizon", le musée Guggenheim de Bilbao présente une oeuvre basée sur notre rapport aux énergies de l'univers.

Décédé au mois de décembre à l'âge de 89 ans, Giovanni Anselmo a supervisé l'importante rétrospective qui lui est consacrée par le Guggenheim de Bilbao. Malgré son mauvais état de santé, l'artiste a participé au montage de l'exposition grâce aux miniatures des oeuvres envoyées par la poste à Turin. Si "Giovanni Anselmo : Au-delà de l'horizon" est jalonnée par les pièces les plus emblématiques de ce parcours artistique, d'autres oeuvres ont été crées pour l'occasion de la rétrospective.

Les 40 pièces qui réunissent des dessins, des sculptures, des projections, des photographies, mettent toutes en avant la priorité de l'expérience physique sur la contemplation esthétique. Sans doute l'énergie reste le mot-clef d'une oeuvre qui débute par une révélation devant le Stromboli où Anselmo a ressenti être une infime partie de l'univers en transformation permanente. De fait, l'artiste recherche " l'incarnation physique de la force d'une action, de l'énergie d'une situation ou d'un événement."

Dès les années 1960, Anselmo est une figure historique du mouvement Arte Povera qui défiela société de consommation en privilégiant l'usage de matériaux simples, notamment des éléments naturels ou de récupération. Toutefois la démarche personnelle de l'italien déborde l'Arte Povera, car son oeuvre aux portes de l'invisible capture les champs magnétiques et autres forces gravitationnelles. Anselmo utilise le granit, le coton, la laitue, la sciure, les câbles en acier, les boussoles pour réaliser ses pièces hétéroclites, réfléchies, inquiétantes et parfois ironiques. Ainsi l'oeuvre iconique "Sculpture qui mange" se compose d'une laitue attachée par un fil de fer à un bloc de granit afin de faire éprouver le phénomène naturel d'une dégradation biologique. Opposées à toutes sophistications et au spectacle, de telles oeuvres sont une invitation à nous arrêter pour prendre lentement conscience de leur puissance, de leur énergie. D'ailleurs elles constituent une extension de la vie d'Anselmo pour saisir la réalité vivante.

Cette rétrospective incomparable montre dans quelle mesure Anselmo utilise les matières les plus humbles pour répondre aux plus grandes ambitions de l'art. Sensible aux forces visibles et invisibles de la nature, son travail met le public en relation avec le monde dans lequel nous vivons.

Par son retour aux énergies naturelles, l'art radical d'Anselmo ramène le public sur terre.

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