Hilma af Klint et l'exploration de l'invisible

Au musée Guggenheim de Bilbao, la rétrospective Hilma af Klint révèle le travail visionnaire de cette précurseuse de l'abstraction géométrique.

La suédoise Hilma af Klint fut contemporaine de Malevitch, Kandinsky, Klee. Mais personne ne connaissait l'étendue de son oeuvre en dehors d'un cercle d'initiés, et ses peintures abstraites ne furent pas rendues publiques avant 1986, 40 ans après sa disparition. Ceci dit, la rétrospective du musée Guggenheim accorde à Hilma af Klint la place légitime dans l'histoire de l'art. Cette exposition réunit en effet les séries réalisées entre 1906 et 1920, notamment ses grands formats colorés qui mènent à la découverte de l'abstraction géométrique par une voie indépendante et singulière.

Si Hilma af Klint fut l'une des premières femmes admises à l'académie des beaux-arts de Stockholm, son parcours est avant tout celui d'une mystique. Proche de la Société de théosophie, Hilma af Klint considérait que toutes les religions et les philosophies possèdent un aspect de la vérité universelle. L'artiste récupère l'union des forces opposées, à savoir les lumières et les ténèbres, le féminin et le masculin, le haut et le bas, le bien et le mal afin de revenir à l'unité primordiale présente à l'origine du monde. Ainsi Hilma af Klint révolutionne l'art de son époque avec ses imposantes formes géométriques qui unissent des triangles et des cercles, des pyramides et des diagrammes célestes. Parmi les oeuvres les plus emblématique de cette démarche, Le Cygne représente deux cygnes, un blanc dans la partie supérieure et un noir dans la partie inférieure. Leurs ailes et leurs becs se touchent dans une courbe majestueuse pour représenter le fait qu'ils se nourrissent l’un de l’autre, ou s’embrassent. L'union des contraires se trouve réalisée à la manière du yin et du yang. Par ailleurs, l'artiste communiquait avec les esprits, et c'est "une voix" qui lui intima la mission de créer son oeuvre majeure : une série de peintures à l'huile pour un Temple qui ne fut jamais bâtit. Le symbole cosmique du cercle occupe un place déterminante dans ce travail qui sublime également l'union sexuelle.

Les oeuvres de Hilma af Klint sont un effort pour exprimer visuellement la dimension spirituelle de la réalité. Les cercles, les diagrammes bouddhistes, les mouvements circulaires donnent lieu à des compositions musicales, souvent éclatantes de couleurs, qui font éprouver une vérité invisible à l'oeil nu. Au final, Hilma af Klint envisageait le salut de l’humanité à travers une réconciliation avec le monde.

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