Les innovations perpétuelles d'un artiste viennois dégénéré
Au musée Guggenheim de Bilbao, la rétrospective "Oskar Kokoshka. Un rebelle de Vienne" présente les chassés-croisés d'un artiste singulier avec son époque tragique.
Après le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, le musée Guggenheim présente 120 oeuvres de Kokoschka retraçant l'évolution de cet élève de Gustav Klimt et témoin privilégié du vingtième siècle.
Si un auto-portrait au crayon de 1906 ouvre l'exposition, plus généralement, les portraits réalisés par l'artiste au début du siècle révèlent la vie intérieure des modèles sans aucune complaisance étant donné que le viennois met "la vérité au dessus de la beauté". Ces visages tordus, tourmentés, avec une expressivité originale due à l'usage de la couleur sont libérés de tout réalisme, et leur intensité rappelle le maniérisme du maître de la renaissance espagnole : El Greco.
Avec les nombreuses références à la musique, la deuxième salle s'éloigne davantage encore de la représentation. Pendant la dizaine d'années de leur passion amoureuse, Kokoschka peint la pianiste et compositrice de lieder Alma Mahler, sa célèbre "fiancée du vent". Par la suite, mobilisé et gravement blessé lors de la première guerre mondiale, la dépression vient tourmenter ses autoportraits.
En rapport avec les voyages de Kokoschka à travers le monde, les tableaux desa nnées vingt présentés dans la troisième salle sont mis en valeur sur de vastes pans de mur libres. Kokoschka continue d'innover avec les couleurs pour peindre un tigre, des tortues, le lac d'Annecy ou encore un hommage à Brancusi.
En réponse à la montée du fascisme, les oeuvres de la quatrième salle évoquent la perte du paradis et l'effondrement de la civilisation. Ses jardins d'Eden montrent une nostalgie de la nature poignante. Kokoschka s'engage publiquement à Vienne pour résister au nazisme qui rejette ses oeuvres. Le peintre réalise alors le célèbre autoportrait de l'artiste dégénéré. En outre, trois affiches de 1937 appellent à sauver les enfants basques de Guernica.
Durant la seconde moitié du siècle, Kokoschka vit en Suisse où il poursuit son oeuvre au service de la paix. Au cours de cette dernière période, s'il n'oublie pas la musique avec le vibrant portrait de Pablo Cazals, il va chercher aussi l'inspiration dans l'art classique grec et romain.
"Oskar Kokoshka. Un rebelle de Vienne" montre ainsi l'évolution d'un peintre majeur dont les oeuvres gardent l'empreinte d'un siècle bouleversé par les horreurs de la guerre.