L'univers visionnaire de l'artiste guérisseuse
A Donostia, la Tabakalera présente "L'Univers d'Emma Kunz", une exposition nécessaire consacrée à une artiste trop en avance sur l'art de son époque.
Chercheuse en médecine, Emma Kunz le fut aussi en art. Mais en 1963, année de sa disparition, la suissesse était seulement reconnue comme guérisseuse et naturopathe. Ses plus de 500 dessins sur du papier millimétré constituaient des outils pour une conception originale de la médecine. Animé par une dimension énergétique évidente, son travail ne semblait pas correspondre à un objectif esthétique. En vérité, sa vision élargie de la création échappait au cloisonnement de son époque entre les différents domaines d'activités, car l'art d'Emma Kunz embrasse des types d'action multiples aux visées souvent magiques ou médicales. Ses dessins renvoient toujours à une expérience vécue. Ainsi, de même qu'un mandala perd son pouvoir à cause des mots censés l'éclairer, les pièces réalisées par Emma Kunz sont irréductibles aux habituelles théories de l'art. Son travail fait appel aux plaisirs des sens, il répond aussi à de multiples attentes psychiques ou physiologiques. Emma Kunz va au-delà de la séparation entre art et non-art. Si aujourd'hui il paraît évident que sa démarche basée avant tout sur la puissance des formes annonce l'abstraction géométrique de Piet Mondrian, l'effacement de son nom des tablettes de l'histoire de l'art tient sans doute au fait d'avoir été une femme. L'exposition de Saint-Sébastien corrige avec bonheur cette injustice en présentant les pièces de nombreuses artistes contemporaines qui reconnaissent toutes leur dette à l'égard de la chercheuse solitaire, trop en avance sur son époque. A la Tabakalera, Emma Kunz n'aura jamais été aussi intempestive et actuelle.