Modernité cannibale et art brésilien

Au musée Guggenheim de Bilbo, l'exposition "Tarsila Do Amaral. Peindre le Brésil moderne" retrace le parcours de celle qui a inventé l'art moderne en Amérique du sud.

L'importante rétrospective consacrée à Tarsila do Amaral rend hommage à la pionnière de la modernité sud-américaine. Pour cela, Tarsila do Amaral a dû briser les clichés exotiques d'une femme brésilienne plongée dans le Paris des avant-garde. L'exposition commence d'ailleurs par les représentations classiques de son atelier et les compositions cubistes de ses véritables débuts. Les vitrines avec son agenda téléphonique, des carnets et d'autres souvenirs montrent sa vie de travail quotidien.

De retour au pays natal en 1924, elle réinvente le paysage brésilien avec des lignes généreuses, des traits simples et des couleurs vives. Grâce à l'enseignement suivi auprès de Léger et de Lhôte à Paris, les compositions harmonieuses de Tarsila Do Amoral vont à l'essentiel pour révéler la modernité du Brésil. Par ailleurs, elle souligne le métissage des cultures, les traditions pré-coloniales, tandis que de certaines toiles filtrent le passé esclavagiste et les fortes disparité sociales. A partir du Manifeste anthropophage d'Oswald de Andrade, son mari, la section dédiée au Brésil "cannibale" explique le mouvement de réappropriation des cultures colonisatrices par les brésiliens. Sa peinture s'assombrit avec le krach boursier de 1929. L'artiste voyage en Union Soviétique, elle adopte le réalisme social et le muralisme mexicain avant d'être incarcérée au Brésil. Toutefois aujourd'hui on reproche à sa représentation idyllique des cultures indigènes une certaine idéalisation qui s'apparenterait à du racisme.

Après des heures de gloire dans le Paris des années 1920, Tarsila do Amaral exposera peu. Même si elle peint seulement 230 toiles au total, Tarsila do Amoral assimila de nombreuses tendances artistiques pour inventer un autre Brésil.

Précédent
Précédent

Hervé Di Rosa

Suivant
Suivant

Christiane Giraud