Peindre au plus près des vibrations et des sensations vitales
Dans "La dimension poétique...comme un chant silencieux", Christiane Giraud pratique la peinture sur bois avec l'intensité de la sculpture.
L'exposition n'indique pas d'ordre à suivre pour découvrir les oeuvres réalisées au cours de ces quatre dernières années par Christiane Giraud, soit 50 peintures à l'acrylique sur des panneaux de bois. Reconnue depuis plusieurs décennies pour la puissance de ses sculptures, l'artiste considère avant tout la peinture comme l'opportunité de changer de support, autrement-dit ce nouveau travail s'avère être la continuation de son envie irrésistible de créer par d'autres moyens, et la présence de rares sculptures servent d'écho à son nouvel "espace pictural".
Christiane Giraud peint comme elle sculpte, à partir d'un geste irréversible qui procure toute la tension de sa création : en taille directe. Peindre de façon irréversible suppose que les choses ont été résolues. Ainsi Christiane Giraud parle d'élagage des idées qui cheminent et se décantent toutes seules avant de s'imposer lors d'une exécution sans repentir. Une fois la vision globale arrêtée, l'oeuvre jaillit sans tâtonnement. Cette rigueur exprime la personnalité volontaire et radicale de l'artiste.
Avec le végétal, la blessure et les glyphes, les mêmes préoccupations reviennent sous une forme différente. Autre élément clé du travail : ses tableaux explorent les oppositions. Le triptyque réalisé lors du confinement nourrit des lueurs d'espoirs dans un espace carcéral. De la même façon, l'architecture puissante, sombre et rectiligne du château de Bidache se définit par opposition au bleu du ciel et aux courbes libertaires des nuages. Et si l'on reconnait le Mondarain, l'artiste garde les barres de la haute tension visibles depuis chez elle. Quant à ses ronces, naturelles et agressives, elles renvoient à des blessures inconscientes et vives.
Pour ses oeuvres intimes, l'artiste cherche un langage plastique capable d'exprimer ce qu'elle ressent. Faisant appel à toutes ses énergies vitales, elle n'hésite pas à puiser dans un fonds d'agressivité ressentie et transgressive. Pour canaliser la violence ou exorciser des blessures inconscientes, Christiane Giraud lacére des panneaux avec du métal. Dans ces conditions le choix de la peinture sur bois tient à sa résistance suffisante face à l'explosion d'énergie. Car ses oeuvres invoquent trois dimensions indissociables : l'exigence, la liberté et l'ardeur.