L'art modeste sauvera le monde
La Villa Beatrix Enea d'Anglet présente Figure-toi ! Hervé Di Rosa et les collections du Musée International des Arts Modestes. Une exposition hors catégorie.
La Villa Beatrix Enea a centré sa programmation de l'année 2021-2022 sur le cycle des collections. Après Fans des années 80, Regard sur la collection Quasar, et avant d'accueillir des oeuvres issues de la collection Valentine et Jean-Claude Marcadé, l'institution angloye invite le public à partager l'aventure artistique et humaine du MIAM (1) sur la côte basque. Comme le rappelle la commissaire de l'exposition, Lydia Scappini, ce partenariat fait suite à une proposition des responsables du MIAM qui ont reconnu la qualité du travail et le niveau d'exigence de la ville d'Anglet en matière d'art contemporain. De fait, c'est la toute première fois que le musée de Sète diffuse ses importantes collections hors les murs.
Parmi les plus de 130 pièces exposées, la Villa Beatrix Enea met en perspective l'oeuvre d'Hervé Di Rosa et l'importancequ'il accorde à la notion de collection. Ainsi, aux pièces produites par de nombreux anonymes s'ajoutent celles d'Hervé Di Rosa, plus un ensemble inédit composé de quelques centaines de figurines et une série d'aquarelles sur papier réaliséesexclusivement pour la Villa Beatrix Enea. Nous pouvons alors mieux saisir la curiosité illimitée de l'artiste sétois, également président et co-fondateur du MIAM, pour toutes les formes d'arts populaires, d'artisanat ou de productions commerciales. Cette approche hétéroclite ouvre des pistes capables de sensibiliser tous les publics curieux de nouvelles expériences artistiques.
Ainsi le mérite principal de l'exposition "Figure-toi!" consiste à nous faire découvrir les arts modestes. Depuis son inauguration en l'an 2000, le MIAM refuse le mépris des arts savants à l'égard des autres types de productions, ce qui rend possible l'exploration de nouveaux territoires esthétiques, parfois indéfinissables. En somme, l'adjectif modeste signifie l'ouverture à l'art non répertorié. Le MIAM expose effectivement tout ce qui n'est pas exposé ailleurs, ces productions de l'imaginaire qui méritent notre attention. De telles expositions ont toujours quelque chose d'inédit à révéler, tandis que les musées d'art contemporain finissent souvent par se ressembler à force d'accueillir les mêmes oeuvres d'artistes déjà reconnus et encensés. En se situant aux marges de l'art, les arts modestes ont le pouvoir magique de nous faire éprouver de nouvelles émotions.
Force est de constater que les pièces du MIAM ne sont pas choisies en fonction de valeurs historiques ou marchandes. Ses fondateurs ont favorisé le critère sentimental, ce qui a pour résultat de mettre l'émotion sur un piédestal. A la Villa Beatrix Enea, on croise alors des figurines de Goldorak, des représentations cousines de l'art brut, des pinatas en papier mâché plus vraies que nature, des canevas kitsch réalisés sur le modèle des oeuvres iconiques de l'histoire de la peinture ou de représentations plus communes. Pour autant, l'art modeste n'est pas n'importe quoi : l'artiste doit éprouver le besoin de produire quelque chose d'inédit, sans être soumis au désir de reconnaissance. Il est question d'originalité, valeur cardinale qui permet à l'imaginaire de s'épanouir et de retrouver sa générosité créatrice. En outre, les qualités esthétiques de l'objet ne sont pas la source de l'émotion, de sorte que l'oeuvre et la collection s'avèrent être indissociables. En ce sens, la plus saisissante pièce de l'exposition "Figure-toi!" est une installation composée de plusieurs centaines de figurines issues de la collection personnelle de Hervé Di Rosa. Cette myriade de figurines disposées côte à côte sur un socle de trois mètres de long, derrière une vitrine qui pourrait être celle d'une boutique où nous voyons toutes les marchandises de la culture de masse deviennent capables de susciter un sentiment de nostalgie, de tendresse et de joie confuses.
La Villa Beatrix Enea nous convie à élargir le prisme de notre curiosité. En cette époque de doutes et d'instabilité, il faut espérer que les émotions suscitées par les couleurs festives et les propositions étonnantes des arts modestes sauveront quelque chose du monde.