L'art et la vie en rouge de Shiharu Shiota

A Bilbao, le centre Azkuna présente une rétrospective de l'artiste japonaise Shiharu Shiota. "My house is your house" suit le fil rouge de 30 ans de création.

La rétrospective consacrée à Shiharu Shiota donne un aperçu saisissant de ses obsessions pour le corps, le rouge et le tissage de fil de laine, son matériau fétiche. Après les impressionnantes robes rouges suspendues dans l'atrium, le visiteur découvre au niveau inférieur du centre Azkuna les salles dédiées aux vidéos, installations, photos, lithographies et peintures acrylique réalisées depuis 30 ans par l'artiste japonaise.

Inspirée par le bâtiment du centre Azkuna, la première maison tissée de fils de laine rouge semble incarner un corps. Plus spectaculaire, le public déambule ensuite dans une installation qui efface les repères entre l'intime et le public, l'intérieur et l'extérieur. La traversée d'un corps ou d'une construction collective tissée de ces fils de laine rouge révèle la méticulosité d'une oeuvre arachnéenne. Des centaines de dessins et messages d'enfants pris dans les fils racontent ce que la maison signifie pour chacun d'eux. Les fils de laine rouge de cette installation agrafée du sol au plafond occupe tout l'espace avec une légèreté intense et enveloppante. L'oeuvre grandiose accueille le public dans une cathédrale dédiée à la spiritualité. Elle ressemble aussi à un tourbillon figé qui emporte les messages des enfants. Elle est un peu de temps suspendu avant son détissage prévu en septembre. Ainsi les fils de laine rouge de Shiharu Shiota relient le rêve et la réalité, le passé et le présent, l'individu et la communauté, la vie et la mort, le quotidien et la beauté.

La salle suivante montre l'évolution de l'artiste japonaise depuis ses peintures d'étudiante jusqu'à la mise en place de son langage artistique singulier. Comme au Japon le rouge symbolise l'énergie de la vie, ses auto-portraits couverts de sang n'ont rien de commun avec le théâtre de la cruauté d'Herman Nitsch. Le rouge domine aussi les images d'un happening de piano en feu. Les titres invoquent la rencontre des individus ou la relation avec la terre. Diagnostiqué il y a 20 ans, son cancer des ovaires donne une dimension existentialiste aux oeuvres. L'ambiance d'hôpital à la fois sereine et inquiétante de la dernière installation assimile art, technique et vivant. "Dialogue avec l'absence" exprime la fragilité du corps en faisant circuler un liquide couleur sang dans un enchevêtrement de tuyaux qui donne au flux de la vie la forme d'un labyrinthe insondable.

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