Immersion dans les paysages intérieurs de l'artiste
La salle Kubo Kutxa accueille une belle rétrospective consacrée au parcours artistique de Soledad Sevilla. Intitulée "Mon propre paysage", l'exposition présente la démarche poétique de cette peintre originaire de Valence, capable de saisir la beauté invisible des choses dans un langage géométrique et sensuel.
Au bord de la plage Zurriola, les émotions de Soledad Sevilla occupent les 1000 mètres carrés de la salle Kubo Kutxa avec subtilité et sans complexe. En présentant son travail à travers quatre sections, l'artiste valencienne fait découvrir plus de 50 ans de créations grâce à différentes approches tendues par une même exigence de l'art et une même vision de la réalité.
Cette retrospective à laquelle s'ajoute une installation réalisée pour la salle Kubo donne l'impression d'accéder directement à la vie intérieure de l'artiste. En parcourant l'atmosphère résolument sensible et poétique de l'exposition, les visiteurs semblent évoluer dans une nouvelle dimension où le secret de la matière serait avant tout le produit des émotions de l'artiste. Avec des peintures et des installations proches de l'architecture, Soledad Sevilla désire nous faire éprouver son univers intérieur à travers l'intensité des expériences venues du monde sensible. En quelque sorte, tous les chemins de Soledad Sevilla mènent à la beauté.
En parfait accord avec la commissaire Lola Duran Ucar, Soledad Sevilla ne présente pas son travail dans l'ordre chronologique afin de mettre en lumière ses lignes de force. Ainsi l'installation Nada Temas réalisée pour l'exposition se situe à l'entrée, car elle cristallise les attentes et les postulats esthétiques de l'artiste. Composée d'un socle en bois et de fils de coton, l'installation plongée dans le noir caresse l'immatériel. Les faisceaux de lumières bleus d'azur dressent cette architecture insaisissable et spirituelle qui fait écho directement aux paroles de Sainte-Thérèse d'Avilla : Nada temas / Ne crains rien.
Ensuite, la grande salle centrale est dédiée aux oeuvres inspirées par la région de Vega de Granada. Avec les Architectures Agricoles qui recréent des séchoirs pour les feuilles de tabac, l'artiste parvient à révéler la riche dimension esthétique de ces fragiles constructions en néoprène, papier et métal. Par ailleurs, les trois Retables constituent une étrange chapelle qui se réfère aux sensations éprouvées par les planches de bois des séchoirs. Ces huiles sur toiles de plus de 3 mètres de haut transmuent la réalité prosaïque des planches de bois en leur procurant une dimension majestueuse propre au sacré. Quant aux huiles sur panneau intitulées Toile de Jute, elles révèlent les qualités esthétiques de cet élément nécessaires aux séchoirs.
Au bout de la grande salle, deux huiles sur toiles de la fin des années 90 montrent comment la géométrie aboutit à de véritables oeuvres lyriques. En effet, dans Murs, l'apparition du geste se rapproche de la nature et de la vitalité végétale pour révéler la beauté de ce que la terre a de plus humble.
Enfin la section d'en haut les escaliers présente une série de dessins à l'encre sur papier réalisée à Boston dans les années 70 et 80 : Permutations et variations d'un tracé. En explorant la beauté à partir de la répétition et des simples formes géométriques, Soledad Sevilla suscite un plaisir comparable à la musique minimaliste de Philipp Glass. Dans le documentaire consacré à "Mon propre voyage" , Lola Duran Ucar propose une analyse exhaustive des oeuvres.
D'une certaine manière, cette exposition incarne la formule poétique de Fernando Pessoa : " La beauté est le nom de quelque chose qui n'existe pas et que je donne aux choses en échange du plaisir qu'elles me donnent. " En croisant la fragilité des émotions avec la rigueur géométrique, Soledad Sevilla invite à entrer dans cet univers où la valeur des choses ne dépend plus de leur matière ou de leur utilité, mais des émotions de l'artiste qui fait accéder toute chose, même les plus humbles, au sacré.