Garder la trace des âmes sur terre
Avec Izate organikoa (existence organique), Sidney Carron redéfinit l’art du portrait à la galerie Sakana.
Sidney Carron poursuit sa quête du portrait à travers la technique du cyanotype, revisitée pour mieux saisir la singularité des êtres. L'artiste plasticienne parcourt les plages du monde où elle rencontre des inconnus, le plus souvent des membres de tribus, et conserve leur trace avec l'aide des éléments naturels, car ses photogrammes sont réalisés par la lumière du soleil, l'océan, l'air et les émulsions de la terre. Ainsi l'artiste révèle l'importance de chaque individu, à la fois unique et éphémère. Ces présences intenses et troublantes restent figées sur le papier, à la manière de vies fossilisées à Pompéi par l'irruption du Vésuve. Dans l'histoire de l'art, la démarche de Sidney Carron résonne avec le mythe grec de l'invention du portrait par une jeune corinthienne qui garda le souvenir de la personne aimée en dessinant le contour de son ombre portée sur le mur par la lumière d'une lampe. Plus précisément, Sydney Carron revendique une approche artistique en parfaite osmose avec la nature : "Je fais confiance à sa puissance pour figer des instants à partir des quatre éléments. C'est pour moi une pratique viscérale, j'en éprouve le besoin pour me sentir pleinement satisfaite."
La galerie Sakana joue avec le rythme des différents formats pour révéler l'unité de la série à travers ses variations harmonieuses. La beauté océanique et solaire des bleus ressort à merveille sur la blancheur des murs. L'oxydation des matières organiques devient sensible avec les deux lutteurs, une femme avec un panier sur la tête, les deux filles violettes. Empreintes de poésie, de telles oeuvres sensibilisent à notre unique printemps sur terre. Sidney Carron montre la beauté de nos existences, comme des gouttes perdues dans l'océan de l'éternité.