Anglet atteint un sommet de l'art avec Daniel Buren

Un accrochage inédit de Daniel Buren pour l'exposition inaugurale de la nouvelle galerie Georges-Pompidou procure à la ville d'Anglet une véritable aura sur la scène internationale de l'art contemporain. « Lumière naturelle versus Lumière électrique - travaux in situ versus travaux situés » s'adresse à tous les publics.

Disposé face à la Villa Beatrix-Enea, le bâtiment flambant neuf, sobre et moderne de la galerie Georges-Pompidou réaffirme la "volonté politique forte en matière d'art contemporain" de la ville d'Anglet depuis le début des années 80. Le parvis réaménagé assemble les deux bâtiments pour constituer un Centre d'Art Contemporain capable d'offrir une programmation complémentaire et exigeante, ouverte au plus large public. En outre, il a fallu que le "géant" Daniel Buren ait l'audace de s'aventurer dans "une petite ville" et accepte de travailler sur les plans d'un espace en construction pour que l'inauguration de la salle ait une dimension historique. Sans aucun doute, l'exposition fera date : Daniel Buren et la ville d'Anglet ont gagné leur pari artistique.

Dans une harmonie de lumière et de couleurs, l'accrochage exalte les 300 m2 de la galerie qui touche au sacré à force de revendiquer l'art pour l'art. La porte d'entrée, la verrière sur le jardin et les seize oeuvres en fibres optiques tissées qui se reflètent au sol plongent le spectateur dans l'univers de Daniel Buren. Fidèle au sillon qu'il trace dans l'histoire de l'art depuis le début des années 60, les oeuvres réalisées à partir de son outil visuel, à savoir les bandes alternées, blanches et colorées, de 8,7 cm de largeur sont le résultat d'un protocole où la subjectivité du plasticien reste hors jeu. Lors de la conférence de presse, l'artiste s'est émerveillé que "tout rentre au millimètre, exactement, dans l’espace de la galerie".Adaptés à toutes les architectures, les 8,7cm de ses bandes semblent correspondre à un nombre d'or, et la largeur des pièces disposées en quinconce sur les façades établit une connexion parfaite avec celle des travées. Placées à ras du sol et à ras de plafond, elles coupent la salle en deux parties égales. Les séries dynamiques de ronds en face des bandes verticales croisées par des bandes horizontales ont une puissance hypnotique.

Bien que Daniel Buren ne souhaite pas donner de sens à cette oeuvre ouverte qui dépend de la perspective de chacun, les filtres transparents colorés de la verrière ont l'apparence d'un vitrail et procurent de ce fait à tout l'espace une dimension spirituelle. Dans la salle Georges Pompidou, tout est simple, évident. La rigueur cistercienne de l'ensemble, alliée aux vives couleurs jaunes, bleues, rouges et vertes donnent une impression vive de rêve et d'apesanteur. Cette expérience peut être comparée à la chapelle Matisse, à Vence, où les grands vitraux inondent de lumière les murs blanchis à la chaux.

L'expérience esthétique proposée par Daniel Buren échappe aux photographies et s'avère irréductible aux descriptions littéraires. C'est la lumière qui donne vie à l'accrochage, car l'oeuvre existe seulement à condition d'être vue. Les mêmes pièces "situées" ailleurs ne produiront jamais la même oeuvre. Son travail in situ suppose que l'oeuvre existe à l'instant où elle est perçue par un public dans l'espace de sa présence. Daniel Buren est ainsi proche du philosophe Berkeley :"être c'est être vu, ou percevoir".

Enfin dans la salle vidéo, les 6h30 du film "A contre-temps, A perte de vue" montrent quatre décennies d'expositions du plasticien. Cet archivage constitue une oeuvre à part entière et donne l'occasion de mieux saisir une démarche trop connue pour être bien vue.

A 85 ans, Daniel Buren a rempli l'espace d'espoir et de légèreté. "Lumière naturelle versus Lumière électrique - travaux in situ versus travaux situés" invite à la revoir à différents moments du jour et de la saison pour découvrir une oeuvre qui ne sera jamais tout à fait la même, ni tout à fait une autre.

Précédent
Précédent

Phyllida Barlow

Suivant
Suivant

Franck Collin