Les colossales peintures d'un géant de l'art
Avec l’exposition “Georg Baselitz : Quelque chose dans chaque chose (Peintures 2014-2015)”, le musée des beaux arts de Bilbao renverse les conventions.
A 88 ans, Georg Baselitz continue à travailler pour savoir ce qu'il peut encore "faire avec la peinture". A Bilbo, le résultat s'avère spectaculaire : réalisées au cour de la dernière décennie, les 49 toiles monumentales réunies au musée des beaux arts mesurent parfois quatre mètres de haut et véhiculent une force juvénile. Toutes ces œuvres présentent des corps isolés ou en groupe, avec une expressivité sans cesse renouvelée.
Cette figure majeure du néo-expressionisme allemand demeure anticonformiste par la violence formelle des personnages systématiquement présentés tête en bas depuis 1969. Par ce biais, Georg Baselitz parvient à bousculer la tradition et à relèguer le motif au second plan. Ouvertement subjectives, ses peintures visent surtout à provoquer des émotions, comme lorsqu'il représente sa femme en jaune vif... et avec quatre jambes. Le peintre affirme essayer de maitriser des formes qui lui viennent de façon spontanée. Ainsi il incarne des êtres sans aucun souci de la similitude avec leur modèle. D'une part, le renversement des motifs défie les codes de l'imitation afin que le public soit immédiatement saisi par la peinture, d'autre part Georg Baselitz peint les figures à l'envers parce c'est ainsi que va le monde.
Sans perspective, sans espace, ces personnages anonymes semblent flotter sur des fonds monochromes crépusculaires. Ils forment des frises magnifiées par la luminosité des immenses salles flambant neuves du musée. Parfois ces êtres ressemblent à des ombres diaphanes, ou bien à des créatures conservés dans du formol. Ces figures frontales manifestent une étrange absence. L'exposition met en évidence l'intérêt actuel de l'artiste pour le processus du vieillissement avec des représentations de sa femme dans la même attitude qu'une photographie Polaroïd prise cinquante ans plus tôt.
Depuis ces dernières années, le peintre utilise la technique du collage à partir de matériaux de récupération : morceaux de tissu, torchons, et une floraison de bas nylon. Dans une vidéo, Baselitz explique qu'il travaille ces énormes toiles posées au sol avec son déambulateur ou son fauteuil roulant dont les traces parcourent certaines oeuvres. Ainsi l'immense toile horizontale d'un corps étendu, aux couleurs livides, sur lequel Baselitz a roulé plusieurs fois avec son fauteuil constitue un stimulant pied de nez à la mort.