Une vie transcendante
A la salle Kubo, l'exposition consacrée par la Fondation Kutxa à l'oeuvre d'Elena Asins met en lumière une oeuvre étroitement liée à une vie pour laquelle l'expérience d'une réalité limitée à ce que perçoivent nos sens doit être dépassée. Dans sa quête de transcendance, c'est à Azpirotz, petit village de Navarre que la madrilène Elena Asins a vécu plus de vingt ans au milieu d'un bois. Dans cet environnement réduit aux éléments essentiels, l'artiste a supprimé tout le superflu et les mondanités de sa vie, comme elle a ôté les ornements de ses oeuvres. Son minimalisme noir et blanc vise la perfection à travers la répétition de formes élémentaires.
A Azpirotz, Elena Asins a cherché les racines du concret dans la logique formelle et les mathématiques, contrairement à Henri David Thoreau dont la réclusion volontaire dans sa cabane prêt du lac de Walden était un retour à la nature sensible. Elena Asins a rendu visible la structure cachée du réel grâce à un système visuel établi sur la variation de lignes et de plans contrôlées par des algorithmes. La nature n'est plus ce fameux miroir de l'âme où l'observation d'un étang permet à Henri David Thoreau de mieux se connaître.
Si par le biais de la géométrie Elena Asins se rapproche de l'art optique, c'est l'ordinateur qui va devenir l'outil nécessaire à sa conception de l'ordre et de la forme. D'une part, l'ordinateur confirme ses théories sur l'ordre et la pureté formelle, d'autre part il permet d'explorer l'espace et le temps à travers des variations indéfinies. Pour l'usage des algorithmes, Elena Asins est la pionnière en Espagne dans l'art computationnel et l'abstraction géométrique.
Organisée par le commissaire Juan Pablo Huercanos, l’exposition du Kubo souligne sans emphase des liens étroits entre l'existence d'Elena Asins, ses recherches et le Pays basque. Selon ses paroles : « L'art n'est art que s'il est transcendant. C'est pourquoi je vis ici, car la mode ne m'intéresse pas. ». Au milieu du silence, dans sa borda d'Azpirotz transformée en atelier d'investigation transcendantale, Elena Asins s'est rapprochée de la structure des choses. Elle aimait les artisans du village et les paysans anonymes dont le travail avec la nature exprime une nécessité intérieure. Toute oeuvre d'art ultime est une vie en accord avec ses valeurs. Et si les oeuvres d'Elena Asins touchent à quelque chose d'infini, sa vie reste avant tout un modèle d'accomplissement spirituel par l'art.