Maitre de l'abstraction et peintre de l'inaccessible lumière
La crypte Sainte-Eugénie consacre une rétrospective à Yahne Le Toumelin. “Le Piéton de Paris, Mère de l’Abstraction" célèbre le parcours d'une artiste majeure.
La peinture de Yahne Le Toumelin va à l'essentiel. Agée de 99 ans, l'artiste comprit dès l'adolescence la leçon de Velasquez : tout est dans la lumière.
Licenciée en art, Yahne Le Toumelin travaille d'abord le portrait avec André Lhote. L'admiratrice de Fra Angelico, des flamands et de Giorgone, allie à la spontanéité du geste une composition classique, réglée par le nombre d'or. Ses oeuvres proches du surréalisme enchantent André Breton et Jean Cocteau. Elle découvre sa technique en ajoutant d'une main ce que l'autre main enlève jusqu'à faire surgir la lumière du fond de la toile. Elle n'utilise jamais de pigment blanc. A l'essence de térébenthine, avec un peigne et les doigts, elle peint par terre, comme on accouche de la liberté. Ses toiles reviennent à la pureté de l'enfance, au paradis partout. Elle ôte ce qui fait obstacle à la lumière. De tels embrasementsprolongent Turner. De ses lumières émanent des forces positives.
Dans les années 60, en compagnie de George Mathieu et Pierre Soulages, elle découvre l'ivresse de peindre en grand. L'abstraction lyrique ouvre des espaces incroyables, les chemins de la liberté. Elle lui vaut aussi une consécration critiqueunanime.
Pour Yahne Le Toumelin, la vraie peinture se moque de la peinture. Elle donne ses toiles ou s'en débarrasse, si bien que son jeune fils, Mathieu Ricard, lui en achète une pour un franc avant que sa mère la jette. Ainsi parmi la cinquantaine d'oeuvres accrochées à la crypte Sainte-Eugénie la majorité est rescapée.
Ainsi en 1968, Yahne Le Toumelin privilégie sa quête de lumière aux règles du marché de l'art. Son départ au Tibet le jour de son vernissage crée un scandale. La césure de dix ans sera consacrée à la spiritualité, une autre dimension de l'ordre. Elle devient nonne bouddhiste. La beauté deviendra bénédiction quand ses toiles font écho à la peinture sacrée de l'Inde. Chaque oeuvre est l'offrande d'une extase sensible. Avec cet appel profond vers d'autres mondes, on retrouve aussi la puissance mélodieuse de son ami Zao Wou Ki.
Venues d'un flamboiement intérieur, ses effusions lumineuses éblouissent l'oeil du coeur. Trop méconnue, l'oeuvre de Yahne Le Toumelin compte parmi les plus importantes du vingtième siècle. Reste à faire l'expérience du "rire du ciel".