Quand Miro inventa sa peinture dans le Paris des avant-garde

Au musée Guggenheim de Bilbao jusqu'au 28 mai, l'exposition " Joan Miro, la réalité absolue. Paris, 1920-1945 " apporte un éclairage sur les origines d'une oeuvre riche et énigmatique.

Au cours de ses 25 années parisiennes, Miro invente un langage singulier et universel, où se mêlent le rêve et la spiritualité d'une part, d'autre part l'art préhistorique et la modernité. Le parcours du peintre catalan est retracé par l'exposition du Guggenheim, d'avant son arrivée à Paris jusqu'aux fameuses Constellations, souvent considérées comme la culmination de son oeuvre. Nous assistons à la naissance de l'univers pictural d'un génie qui se nourrit de tout pour rester irréductible à tous.

Le parcours débute avec les premières oeuvres de Miro à Barcelone. Marquées par le post-impressionnisme, ses toiles de 1910 présentent des figures et des motifs végétaux déjà proches du cubisme, comme l'annonce de son séjour à Paris pour enrichir ses recherches formelles. Dans les années 20, c'est à Montparnasse que Miro explore de nouvelles formes d'expression et travaille longuement afin de produire des effets inédits sur le spectateur grâce aux Peintures Oniriques.

Installé rue Tourlaque, au pied de la butte Montmartre, Miro exécutera ensuite des grandes toiles d'espaces purs où des animaux et des étoiles stylisés émergent de nouveaux horizons aux couleurs chatoyantes et irréelles. Minées par la montée des périls et les menaces des guerres, les années 30 feront apparaitre l'inquiétude de Miro dans une oeuvre devenue plus tourmentée. Même s'il fréquente de nombreux artistes, notamment les surréalistes, Miro restera toujours indépendant et ne s'alignera sur aucune position politique. Au bout d'un chemin artistique nourri de rencontres et solitaire, le peintre catalan invente une forme d’expressionnisme propre. Durant la seconde guerre mondiale, Miro déménage à Varengeville-sur-Mer, en Normandie, et s'attache à réaliser les Constellations, des oeuvres improvisées à partir de taches qui permettaient la découverte de nouvelles figures épurées. Fuyant la guerre à Majorque, le peintre achèvera ses Constellations qui reposent sur un langage plastique inédit.

En somme, le catalan Joan Miro est devenu l'universel Miro en échangeant avec les artistes et les poètes installés comme lui à Paris. A force de travail et de recherche, sa prise de distance avec la logique et la réalité objective laisse advenir une oeuvre aux énergies communicatives. Car Miro affirme la quête infinie d'une liberté créatrice.

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