Des sculptures en hommage à l'indicible
A la galerie Carreras Mugica de Bilbao, l'exposition Contre l'oubli, hommages et offrandes présente les dernières oeuvres d'un sculpteur majeur : Angel Bados.
Depuis son enfance en Navarre, Angel Bados joue à transformer la matière pour établir avec le monde, les autres et soi-même. Après des études aux Beaux-arts à Madrid, il se révolte contre l'académisme en s'appuyant sur la conception de l'espace de Jorge Oteiza et la démarche artistiquement engagée de Joseph Beuys. Angel Bados est ainsi à l'origine de l'approche déconstructive qui va définir la nouvelle sculpture basque à partir des années 1980. Installé à Bilbo, il a dédié une grande partie de sa vie à l'enseignement de l'art à l'université du Pays Basque.
L'exposition actuelle d'Angel Bados à la galerie Carreras Mugica ouvre aux mystères de l'art. Deux cubes abstraits orientent les sculptures éparpillées au sol et sur les murs, des pièces constituées par l'assemblage subtile de matières différentes : bois, pierres, tissu, papier, fleurs en plastique, chaises, des plaques de métal et des vases. L'usage des couleurs permet de structurer l'espace avec les formes en présence. Chaque sculpture est une tentative de parvenir à l'irréalisable. De telles oeuvres sont une variation autour de l'absence qui pose l'unité de l'ensemble. Elles définissent une structure de vides et de pleins dans laquelle l'espace physique de la galerie disparaît en faveur d'un autre monde d'où surgit l'invisible énergie communicative entre les pièces. L'importance des détails, par exemple ces articles de presse sur les palestiniennes, pliés entre une planche de bois et une pierre, rappellent que l'art d'Angel Bados reste intimement lié aux tragédies du monde.
Certes tout passe, mais l'art est une mise en forme de la matière qui permet d'insister contre l'oubli. Aussi les sculptures d'Angel Bados sont des événements dont on ignore le sens, à l'instar des oeuvres préhistoriques qui témoignent d'un passé insaisissable. Mû par le désir de rendre compte de l'indicible, Angel Bados déclare travailler exclusivement à partir de cet "inconnu" qui lui échappe : "A cette époque où tout passe toujours plus vite, créer est un acte de résistance. Je fuis le monde dans mon atelier où je m'oriente à partir du travail, et tant mieux si le public trouve une solution. Libérées des modèles, mes sculptures sont une offrande faite au monde, aux artistes, à des amis. " Comme Angel Bados attise notre désir au lieu de vouloir l'épuiser, il libère ainsi le parfum subtile de l'absente de tout bouquet.