Dans les coulisses du rêve et du spectacle d'antan
Au musée San Telmo, l'exposition "Amable Arias-Dans les coulisses" propose de revisiter la magie du monde du Théâtre principal de Donostia dans les années 50 à travers les yeux du jeune artiste.
La scénographie à la fois intimiste et mélancolique fait beaucoup pour la réussite de cette exposition organisée par Mikel Lertxundi Galiana. Une lumière tamisée accueille le visiteur dans la grande salle divisée en quatre sections d'égale importance, où une envoûtante musique de ballet ravive l'atmosphère de rêve et de magie du Théâtre principal.
La vie troublée d'Amable Arias, décédé en 1984 à l'âge de 56 ans, s'exprime à travers différents arts, la peinture et la poésie avant tout. Lors des cours d'aquarelle avec Ascensio Martiarena, la découverte de l'art permit d'échapper à l'exaspération d'une vie où les mauvais traitements de son beau père s'ajoutaient à l' infirmité due à un accident. Enfant déscolarisé, il ressentait le besoin d'écrire et de peindre. Dans les années 50, il aida sa mère qui travaillait à la garde-robe du théâtre principal et rencontra les acteurs, musiciens, toutes sortes de vedettes qui allaient devenir les modèles des oeuvres présentées actuellement au San Telmo.
Il ne s'agit donc pas des oeuvres les plus expérimentales d'Amable Arias, qui participera activement au groupe Gaur dans la décennie suivante, et incarna toute sa vie l'artiste incompris du public. Et si ces oeuvres de jeunesse ne révèlent pas davantage son marxisme et son anti-franquisme radicaux, elles offrent en revanche un aperçu incomparable sur l'éclosion de l'artiste. Par ailleurs, l'ensemble de ce travail réalisé entre 1955 et 1959 forme un document exceptionnel sur le monde du théâtre à Donostia puisqu'il fait revivre le monde qui gravitait autour du monde du spectacle.
Plus précisément, l'exposition présente 79 aquarelles et dessins, auxquels s'ajoutent une trentaine de photographies d'artistes dédicacées pour Amable Arias.
Dans la première section, il s'agit surtout de représentations de jeunes femmes participant à des revues. Ces étoiles d'un jour ou plus deviennent les principaux modèles des oeuvres d'Amable Arias qui mêlent à un érotisme subtile, un réalisme sincère, car les personnes ne prennent pas la pose. Il s'agit en vérité d'instants volés par la grande capacité d'Amable Arias à travailler sur le vif. L'artiste ne se contente pas de montrer ces femmes à l'heure de gloire sur scène, il les représente tout aussi bin après le spectacle, ou à un moment de repos. Amable Arias en montre l'ombre et la lumière pour saisir la vie réelle. Aussi, même si nous ne savons plus rien de ces vedettes de jadis, nous nous y attachons vite en devinant la gloire et la joie qui les auréolaient. Dans le même esprit, la deuxième section met en avant les hommes, comédiens ou acteurs, qui assurèrent les représentations au Théâtre Principal de Donostia. Les tonalités rouge, bleu et verte des aquarelles répondent aux dessins à l'encre et au crayon. La section suivante se concentre davantage sur d'autres protagonistes essentielles, à savoir la musique et la danse. Le Théâtre Principal accueillait de nombreux types de spectacles de musiques et de danses, à commencer par les ballets, mais aussi beaucoup de flamenco. La dernière section attire notre attention sur le théâtre même et les nombreuses personnes appelées à y travailler. On découvre alors des vues des différentes éléments de l'édifice, parmi une foule silencieuse de petites-mains sans lesquelles les célébrités n'auraient jamais pu monter sur scène et faire rêver le public. Par exemple, nous découvrons les couturières et les tailleurs qui s'affairaient autour des costumes des étoiles d'un soir.
L'exposition parvient à nous faire regretter cette époque et cet univers que nous n'avons même pas connus. L'accumulation de ces portraits aujourd'hui devenus étrangers produit une sorte d'archéologie du monde du spectacle dans le Donostia des années 50. Au milieu de toutes ces vedettes mortes et immortalisées, le principal talent d'Amable Arias renvoie à sa capacité pour allumer en nous cette nostalgie imaginaire qui fait goûter à la saveur douce-amère du temps.