Les univers polysémiques d'Ibon Aranberri

Avec Entresaka le centre d'art contemporain du Pays basque expose  à Vitoria-Gasteiz une sélection d'oeuvres d'Ibon Aranberri réalisées depuis les années 1990.

Après la rétrospective de cet hiver au centre d'art Reina Sofia de Madrid, l'exposition anthologique organisée actuellement par l'Artium de Vitoria-Gasteiz rassemble une sélection d'œuvres significatives d'Ibon Aranberri qui permettent de revisiter le parcours de l'artiste basque inclassable. Focalisée sur les préoccupations d'Ibon Aranberri concernant la politique et les vicissitudes du patrimoine culturel et naturel basque, Entresaka permet aussi d'apprécier l'évolution de son langage plastique sur plus de 30 ans, nourri d'abstraction et de concepts. Libérées de l'approche chronologique, les œuvres occupent différents espaces du musée pour mieux en bousculer les règles. De fait, l'exposition a tout pour déconcerter le public, car des oeuvres sont placées devant les entrepôts ou des sorties de secours afin de résister aux limites de l'institution.

C'est au sein de la collection permanente du musée que le travail d'Ibon Aranberri sur le projet inachevé de la centrale nucléaire de Lemóniz dialogue avec l'oeuvre de Basterretxea. De même, la structure en acier qui servit de support aux oeuvres d'art pour la Fondation Tapies à Barcelone subdivise la grande salle du premier étage pour former un vestiaire abstrait qui rend floue la frontière entre art et non art. Le mur de la salle est recouvert de boîtes en carton sérigraphiées avec une silhouette de conifère pour évoquer le problème des plantations d'espèces non indigènes à croissance rapide dans le paysage basque. La salle suivante présente une multitude de formes métalliques abstraites pour montrer comment les machines autrefois utilisées pour fabriquer des pièces d'armes à Eibar ont évolué vers des articles domestiques. La dernière salle projette une vidéo du vol des chauves-souris près d'Onati, réalisée grâce à l'obstruction d'une grotte par une structure métallique percée d'un trou qui permet de plonger le spectateur dans un lieu plus originel que l'espace urbain.

Ibon Aranberri met en cause une vision trop progressiste de notre modernité au risque de perdre le visiteur dans cet univers plastique inattendu, où le passé, le présent et le futur se mêlent. A force de transgresser les attentes pour mieux intercaler ses univers dans notre espace public, l'artiste de Deba est parvenu à recycler son travail pour donner lieu à une proposition inédite.

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