Les magies de l'ombre du sculpteur José Ramón Anda

Avec l'exposition Argi Itzalak (les ombres claires), José Ramón Anda sublime la dimension spirituelle de la chapelle du musée de Navarre, à Pampelune.

L'ambiance est à la contemplation dans la chapelle du musée de Navarre qui accueille une vingtaine de sculptures de José Ramón Anda, toutes quasiment issues de la collection de l'artiste. Argi Itzalak propose une expérience de recueillement sensible en faisant éprouver une dimension subtile de la réalité : l'occupation de l'espace par la douceur de l'ombre. Le sculpteur navarrais rend d'ailleurs hommage à L'éloge de l'ombre de Tanizaki et à sa fascination pour le mystère du silence.

Les pièces de petit format présentées sur la longue table placée au centre de la chapelle donnent l'impression de visiter l'atelier de José Ramón Anda, à Bakaiku, où il travaille avec la subtilité des ombres et l'énergie du silence. A mi-chemin entre Brancusi et Oteiza, sa passion de la matière touche à l'idéal des formes. Le sculpteur anime l'albâtre, le bois, le bronze, le marbre d'un mouvement qui ressemble à une âme.

Atemporelle et indépendante des modes, la démarche créatrice de José Ramón Anda embrasse au plus près la sacralité du lieu. De grands rideaux blancs séparent les sculptures contemporaines des retables baroques. La lumière tamisée de la chapelle invite le regard à jouer avec les clairs obscurs d'un univers exclusivement voué à la beauté des formes et de la matière. En outre, la musique de Carlos Núñez Medina accompagne les oeuvres avec des notes légères qui flottent sous les belles hauteurs de la chapelle. La projection de deux vidéos réalisées par Toni Sasal souligne aussi le passage des ombres dans la nature animée par le vent. A travers la mise en scène de cette oeuvre d'art totale, José Ramón Anda parvient à convertir l'espace sacré en lieu d'exposition sans jamais le dénaturer.

Argi itzalak permet surtout de saisir les deux principales caractéristiques qui orientent José Ramón Anda depuis 50 ans sur le chemin d'une perfection idéale : l'amour pour la matière et l'obsession du travail solitaire. A côté de pièces qui font référence aux lointaines années d'étude à Rome, une table et un banc montrent comment l'artiste extrait la fonction des meubles en dégrossissant un bloc de matière pour atteindre une précision parfaite. En somme, cet ensemble d'oeuvres visibles dans l'espace restreint de la chapelle montre que José Ramón Anda est l'un des représentants majeurs de la sculpture basque. La force de son art tient à la foi dans le travail et la beauté.

Les sculptures exigeantes de Jose Ramon Anda

La galerie Arte Bideak de Ciboure présente les dernières oeuvres de ce grand artiste navarrais dont le travail suit un chemin vers la pureté de l'art

Le titre de l'exposition, "Beste norabide batean" (dans une autre direction), éclaire la trajectoire solitaire de Jose Ramon Anda. Loin des modes et des foules, chacune de ses oeuvres semble viser une finition inaccessible, si bien que le sculpteur navarrais a réalisé moins de 200 pièces en 40 ans. Cette rareté témoigne du long processus de maturation dans l'esprit et les mains de l'artiste qui passe 14 à 15 heures par jour dans son atelier de Bakaiku pour donner une âme à chaque oeuvre.

Issu d'une famille d'ébénistes, Jose Ramon Anda réalise d'abord ses oeuvres en terre cuite pour mieux saisir les formes en trois dimensions. Par ailleurs, il choisit patiemment la pièce de bois à travailler parmi son stock incommensurable. Abstraites au premier abord, ses sculptures manifestent une puissance organique profonde. Jose Ramon Anda laisse transparaître la chair du bois, il dévoile sa nature sensible la plus intime. Le plus souvent en chêne ou en noyer, les pièces sont parcourues de vibrations vitales. La sensualité de leurs formes et la finesse des courbures offrent une expérience rare, où l'énergie cinétique se dégage avec force. En outre, l'intérêt pour la culture basque attribue à la majorité de ces oeuvres une dimension figurative. Il est notamment question du cyclope Tartalo ou du mouvement d'une pelote.

La scénographie de l'exposition joue avec les grandes photos de Patxi Laskarai montrant Jose Ramon Anda, vêtu de sa blouse au bleu de Bergara, de sorte que l'artiste accompagne le visiteur sur le chemin d'une beauté idéale.

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Ibon Aranberri