Archéologie de la société médiatique contemporaine
L'exposition Anónima présentée à l'Azkuna Zentroa Alhondiga de Bilbao retrace les projets les plus marquants de Txuspo Poyo des années 90 à nos jours.
Plus de 100 pièces mêlant l'art, la science et la technologie présentent l'univers de Txuspo Poyo qui interroge la construction des images et explore la mémoire collective. Selon l'artiste navarrais : "L'exposition fait résonner mes 35 années d'interventions et en révèle la méthodologie. Plus qu'une rétrospective, le Zentro-Azkuna réactive l'ensemble de mes projets et souligne leur sens commun."
Dans la première salle, des stèles funéraires basques relient les temps de la vie et de la cosmologie. De fait, Txuspo Poyo a transfiguré des nécrologies de journaux et des vidéos d'anniversaire présentées face à des images astronomiques de la lune, ainsi qu'une météorite exposée avec un diapason pour signifier la musique des sphères.
Dans une visée plus documentaire, les projections audiovisuelles de la deuxième section mêlent la réalité et la fiction. Afin de symboliser le deuil, Txuspo Poyo introduit a un éléphant vivant dans le Tunnel de la Engaña pour la construction inachevée duquel le régime franquiste a exploité des prisonniers politiques jusqu'à la mort. Dans un autre registre, une vidéo d'animation en 3D inspirée du Grand verre de Marcel Duchamp donne vie à des personnages simulés par des machines. Selon l'interaction avec le public, ces personnages peuvent incarner de multiples émotions, telles que l'amour, le désir sexuel ou la tristesse. Par ailleurs, une autre série d'installations explore le rôle éducatif des cabinets pédagogiques dans les écoles religieuses. Ceux-ci constituaient autrefois un accès privilégié à la réalité par une classification des espèces et des curiosités issues des anciennes colonies.
Afin d'intégrer le processus créatif dans une exposition qui ne se limite pas aux oeuvres, l'espace intitulé Studio expose des outils de travail et une vidéo de l'atelier de Txuspo Poyo filmé en temps réel. La fin du parcours présente la première oeuvre emblématique réalisée par Txuspo Poyo à New York : Celluloïdes est un tressage à partir de photogrammes du cinéma et leur composition verticale reflète les grattes ciels. Cette appropriation de la matière des images correspond à une véritable archéologie de notre société médiatique. En ce sens, au croisement de l'histoire et de l'imaginaire collectif, les récits visuels de Txuspo Poyo offrent une véritable critique sur l'ensemble du système social et ses mécanismes de contrôle.