Voir les battements au coeur de la peinture

La galerie Arte Bideak expose les toiles d'Oaia Peruarena. Taupadak fait éprouver les plaisirs intimes du geste et des couleurs.

Oaia Peruarena ne peint pas des messages ou des figures : elle peint la peinture. La série Taupadak (battements) présentée à Ciboure n'exprime pas autre chose que ce qui est perçu : des oeuvres matérialistes et sensuelles. Et si ses oeuvres font penser à l'expressionnisme abstrait de Joan Mitchell, de Sam Francis ou d'Esteban Vicente, l'artiste autodidacte de Bera ne revendique aucune école. La peinture s'impose à elle. Ses toiles n'ont pas d'autre source d'inspiration que l'impulsion des gestes et le rayonnement des couleurs. Il s'agit de laisser toute la place à la peinture pour en être une Sybille dévouée : " Je me laisse guider par des exigences dont je ne peux pas rendre raison". L'artiste s'adonne physiquement au plaisir de peindre des variations indéfinies qui sont autant de nouvelles exaltations picturales. Voilà pourquoi ses oeuvres ramènent le visiteur à l'expérience sensible la plus immédiate. Il s'agit d'une présence concrète.

Ce besoin de créer remonte à l'enfance. L'espace de la peinture permet de trouver un équilibre à la vie qui semble être tour à tour trop vaste ou trop exiguë. Aujourd'hui, son rituel de travail commence avec le silence de l'atelier, dans l'espoir de trouver la voie de la peinture. L'artiste s'accompagne ensuite de musique pour mieux s'oublier dans la peinture. Le rythme des traits, des couleurs, et la vitesse de réalisation sont bien visibles dans chaque oeuvre. Au final, qu'elles soient à l'acrylique sur papier artisanal ou à l'huile sur toile, ses peintures anonymes semblent n'en faire qu'une. Les traits et les couleurs se répondent d'une oeuvre à l'autre en exaltant une simplicité proche de la pureté. Le plaisir du visiteur fait écho aux battements de la peinture.

Une artiste en quête de puissance

A Saint-jean de luz, La Rotonde accueille la dernière série de la peintre Oaia Peruarena : “Fragments liquides” recompose les couleurs et les formes.

Les 32 pièces d'Oaia Peruarena qui constituent Zati likidoak comprennent des peintures à l'huile, des acryliques, des pastels et des collages réalisés avec la volonté d'un renouvellement sans fin. "J'ai travaillé la peinture d'une autre façon, affirme l'artiste. Les collages associent la dimension mentale d'un exercice de composition à partir d'éléments de peinture plus impulsive. A travers ce jeu de composition entre les volumes et les plans, j'attends la confirmation d'une nécessité sensible : c'est ainsi et pas autrement."

C'est le geste qui détermine sa création. Dans les pastels, la répétition du geste intuitif parvient à la création d'un monde. La réussite des collages tient à cette danse entre l'émotion et l'ordre rationnel pour établir des liens positifs entre les formes et les couleurs. Oaia Peruarena s'adonne à des exercices pour libérer le mouvement et parvenir à une plus grande fluidité, à la joie d'une liberté créatrice. Chaque oeuvre manifeste une implication physique importante. A travers les mouvements, ses gestes expriment une libération d'énergie.

Oaia Peruarena précise ainsi sa démarche : "A l'écoute des exigences formelles de la peinture, je veux en saisir l'ordre chaotique. J'expérimente sans idée définie, car j'aime surtout le moment de faire. Je veux voir de quoi je suis capable." Son travail fait écho au chaos apparent de Cy Twombly, à la spontanéité de Joan Mitchell et à la gamme chromatique de Rafael Ruiz Balerdi.

Oaia Peruarena poursuit un dialogue créatif avec la peinture. A l'instar du musicien qui suit une note, la plasticienne répond aux formes et aux couleurs pour approfondir son chemin au coeur de la peinture et saisir l'ordre caché de l'art.

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