Un artiste d'ombres et de lumières

La salle Kubo Kutxa de Donostia consacre une vaste rétrospective à la trajectoire artistique de Javier Perez.

L'exposition "Présences absences" rend hommage à l'amplitude créatrice et aux réflexions singulières de Javier Perez sur la condition humaine. Bien connu de la scène internationale où il a été récompensé à de multiples occasions, l'artiste originaire de Bilbao a notamment représenté l'Espagne à la biennale de Venise en 2001. La grande variété des langages artistiques de Javier Perez rapproche les dimensions charnelles et spirituelles dans une poésie inquiétante. Sa démarche syncrétique embrasse la sculpture, le dessin, la photographie, la performance et donne lieu à de surprenantes installations. Au cours de ces deux dernières décennies, l'artiste a puisé dans le marbre, le bronze, la vie, la mort et nos cauchemars la beauté étrange et captivante des pièces hybrides exposées à la fondation Kubo Kutxa. La maitrise technique qui caractérise son travail captive nos sens pour mieux les déstabiliser. Ainsi la fécondité de l'oeuvre de Javier Perez tient à la recherche incessante de formes nouvelles.

D'entrée de jeu, la série de douze dessins réalisés à partir de photographies prises dans un parc de Barcelone où l'artiste vit, tracent d'inquiétants "chemins" à travers la nuit. Chaque dessin au pastel de grande dimension nécessite un mois de travail. L'obscurité de Javier Perez semble être hantée par une lumière mystérieuse et intime.

Dans la salle principale, ‘Carrousel du temps’, l'oeuvre majeure de l'exposition, hypnotise les sens. Cette installation formée d'un gramophone autour duquel 34 paires de chaussures noires suspendues à des fils rouges dansent au rythme d'une musique de cabaret met en scène une fête à la nostalgie puissante et incroyable. Cela ressemble à une vibrante manifestation de l'éternel retour Nietzschéen. Au moyen de cette mécanique sophistiquée, Javier Perez devient marionnettiste pour mieux éveiller les émotions du visiteur et jouer avec notre rapport intime au temps qui passe.

Dans la même salle, le ‘Masque de la séduction' suscite l'ambivalence des sentiments grâce à l'intensité rouge sang d'une tête retournée comme un gant pour donner à voir sa beauté intérieure.

A la croisée de l'inconscient, ‘Somnie Insomnie’ est une installation de coussins déformés au cours des mauvaises nuits par la tête de l'artiste. Ces sculptures en marbre de Carrare disposées sur une estrade ressemblent à des cocons abandonnés par les insomnies créatrices.

Présentées dans la mezzanine, les sculptures en bronze de "Pulsions, pulsations" font éclore des coeurs visiblement humains au bout de branches mortes. Cette végétation hybride entre en résonance avec les métamorphoses d'Ovide et l'univers post-humain du réalisateur David Cronenberg. Quel que soit le médium, les oeuvres de Javier Perez sont marquées par la tragédie de l'impermanence. Son univers poétique et angoissant ouvre la voie à de nouvelles expériences sensibles, celles où toute ombre a sa part de lumières.

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