Mari Puri Herrero reçoit le prix Gure Artea
Lorsqu'en 1963, Mari Puri Herrero inaugure sa première exposition dans sa ville, à Bilbao, la police franquiste fait irruption dans la salle par crainte que ses oeuvres figuratives ne soient une propagande subversive. Mais rien n'impressionne cette artiste solitaire qui se fera connaitre du grand public dès 1978 avec la création de Marijiaia, symbole populaire des fêtes de Bilbao. Aujourd'hui encore Mari Puri Herrero travaille sans relâche, ses oeuvres sont exposées dans les plus grands musées basques et espagnols. En 2022, l'obtention du prix Gure artea qui récompense chaque année les artistes le plus en vue d'Euskadi a souligner l'importance de son parcours pour la création actuelle.
A 80 ans, Mari Puri Herrero garde le coeur ouvert sur le monde. Amoureuse de la nature, de Paris et des pays du Nord, elle travaille chaque jour comme autrefois elle jouait, petite fille, avec les pigments et la matière. Elle admirait alors les estampes dans ses livres, avant la découverte de celles de Picasso ou de Chillida qui dégagent une même ambiance de mystère. Pour Mari Puri Herrero, l'art ne commence pas avec les idées, aussi elle étudie la gravure à Amsterdam : "la technique est un langage". Loin des théories et des écoles, les atmosphères qu'elle réalise invitent le spectateur à rentrer dans son oeuvre ouverte.
L'ambiance mystérieuse de ses oeuvres tient au fait que la réalité demeure définitivement inaccessible. Dans ces conditions, l'art doit préserver le mystère du réel des approches simplificatrices et des visions définitives. De son travail se dégage une aura qui correspond à "l'unique apparition d'un lointain", selon les mots de Walter Benjamin.
A Menagarai, dans son atelier situé à la campagne, Mari Puri Herrero travaille au milieu des pigments, des papiers et du matériel qui sont la source de ses recherches esthétiques pour autant qu'ils indiquent ce qui lui est possible de réaliser. Sans projet établi, "le travail est un voyage" où l'artiste va à la rencontre de son objectif à travers la matière qui se mêle au hasard, et surtout aux rêves. Comme les images des rêves déclenchent souvent le travail, il ressort de ses oeuvres une ambiance évanescente, un monde flottant, à savoir l'empreinte d'une sensibilité sur le monde. Mari Puri Herrero travaille à la rencontre du rêve et de la matière. Car si le paysage reste fondamental, il n'est pas reconnaissable. Par exemple, à la galerie Arteko, la toile des années 80 qui ressemble à une vue de Bilbao correspond à un rêve de l'artiste situé à Edimbourg.
Cet attrait pour le paysage tient au silence et à la force des éléments que le cadre urbain amoindrit fatalement. Non seulement, la nature éveille les sens et l'attention, mais aussi le vent est plus le vent, la nuit y est vraiment la nuit. Bref, la présence du monde est plus vive en dehors de l'espace urbain voué à la dispersion.
Reste que les paysages de Mari Puri Herrero sont avant tout basques. Jusque dans les pays du nord, l'artiste retrouve sa Biscaye. Elle parle avec émotion de ses rues de Bilbao avec les montagnes au bout. Elle porte et transmet une vision du monde enracinée, quelque chose d'intime et indéfinissable que je définis comme une sensibilité basque amoureuse de l'ailleurs.
Dans la solitude de l'atelier, l'évolution de son travail au cours de soixante années a suivi le fil des jours et l'utilisation des techniques. Ainsi pour sa nouvelle exposition à la galerie Arteko, Mari Puri Herrero présente des peintures flottantes sur des papiers d'orient achetés au mythique magasin Sennelier, à Paris. Une fois de plus, la matérialité de l'oeuvre et les émotions prévalent pour l'exposition De la couleur des Jours. Le jeu entre la présence et l'absence constitue le mouvement de ses paysages mystérieux. Avec des oeuvres plus anciennes, la salle du haut offre un bref panorama du long parcours de Mari Puri Herrero dont la liberté créatrice est une invitation au voyage artistique.