Pour une archéologie imaginaire des femmes en devenir

L'exposition de la sculptrice Dora Salazar à la galerie Arte Bideak est une immersion dans son univers artistique de femmes puissantes.

Les sculptures de Dora Salazar occupent une place importante dans les musées et l'espace public basques. A Bilbao, ses fameuses Sirgueras hâlent les navires fantômes au bord du Nervion tandis qu'à Donostia une citoyenne porte des briques pour reconstruire la ville après l'incendie de 1813. Bien que les oeuvres exposées à la galerie Arte Bideak n'aient rien de monumental, elles célèbrent pareillement le rôle social et la dignité des femmes. L'énergie communicative des trois séries présentées remplit l'unique salle de la galerie. La scénographie fait écho à un cabinet de curiosité ou à un atelier d'artiste de la Renaissance auquel les pièces d'une fouille archéologique seraient adjointes.

Des sculptures féminines de ciment éveillent d'abord la curiosité du visiteur. Les madones effilées prennent corps à partir de bouteilles en plastique dont on peut reconnaitre ci et là, des marques. De telles figures anticipent la découverte du plastique par des archéologues sachant leur préjudice pour la nature. Ne serait-ce la droiture proche de petits totems plein de fierté féminine, leur disposition rappelle la salle introductive de Pompéi avec ces corps figés pour l'éternité, surpris dans les contorsions d'une mort subite. Dora Salazar situe notre regard au futur antérieur, d'où l'hésitation avec les époques.

La plus récente série de l'artiste s'explique par le plaisir et son envie de dessiner. Après avoir travailler des sculptures ces dernières années, le dessin rafraichit sa pratique de l'art, notamment grâce à la liberté des couleurs. Et comme le visage de ciment reprend ceux des sculptures, Dora Salazar hésite à parler de "dessins sculptés ou de sculptures dessins".

Plus anciens, les bronzes manifestent le regard ironique que Dora Salazar porte sur l'histoire de l'art. Comme s'il s'agissait de marques célèbres, la sculptrice navarraise a repris les formes de Niki-de-Saint-Phalle ou de Picasso. Au-delà d'une citation, ses figures montrent une proximité troublante avec les logotypes de Nike ou Mercedes. En réalisant la fusion entre la féminité et l'arbre, d'autres bronzes, les hecharamas, rappellent notre appartenance au grand tout en révélant le cercle vertueux qui va de l'humain au végétal.

Cette mise en valeur de la dignité universelle des femmes par Dora Salazar témoigne en quelque sorte de la plus importante révolution actuelle.

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