Le partage d’un espace sensible élargi
Avec Ukitu, la double exposition consacrée à Maider Lopez permet de fêter ensemble les 10 ans de la Tabakalera et les 25 ans de la salle Kubo. Les 25 projets présentés questionnent notre relation à l'espace à travers l'implication des citoyens.
Au premier étage de la Tabakalera, une installation occupe la salle avec des planches de la même couleur que le sol, orange sur la largeur et non fixées pour que les pas du public résonnent. Toute une série d'interventions de Maider Lopez donne alors à réfléchir sur l'interdépendance entre un lieu et nos actions personnelles. En ce sens, la photographie d'un embouteillage provoqué par l'artiste dans un lieu bucolique de Navarre éveille notre curiosité autant qu'il sert le discours de groupes écologistes. En Suède, ses photographies de personnes isolées face à face, sur des rochers au milieu de la mer font réfléchir à la solitude et au groupe. Les photographies de l'herbe permettent d'en observer toutes les particularités suivant l'action du vent, de l'homme ou des animaux. L'artiste montre ainsi que la réalité se trouve là où la généralité des mots disparaît. Des vidéos plus ludiques montrent des personnes qui se déplacent d'avant en arrière pour suivre le va-et-vient de la marée, à la manière de certains oiseaux. Par ailleurs, des interventions urbaines de Maider Lopez invitent une femme à transporter une plante tous les jours pendant un mois selon le même parcours à Bilbo, ou encore, dans une action plus massive, 750 personnes à traverser une ville polonaise avec des plantes à la main.
Au Kursaal, d'autres interventions enrichissent le panorama concernant la démarche de Maider Lopez dans l'espace public et naturel. Le rôle des couleurs est magnifié par l'espace central et celui de la mezzanine où d'immenses rideaux monochromes s'imposent aux visiteurs tandis que chaque plan de l'espace a été repeint d'une couleur différente avec les chiffres exacts de ses dimensions. L'exposition embrasse de nombreuses approches collectives de l'espace. De même, lorsque Maider Lopez a invité les plagistes de Zumaia à utiliser exclusivement des serviettes rouges, le résultat est saisissant, puisque cette journée balnéaire prend aussitôt une dimension surréaliste, à la poésie simple et questionnante. Bref, l'espace n'est jamais inéluctable, il est indexé à nos perceptions mises en évidence grâce au jeu des couleurs et aux interventions orchestrées par l'artiste. La vie publique dépend de nos actions.