Des paysages à la démesure du monde réel

A Ciboure, la galerie Arte Bideak accueille les toiles de Jesus Mari Lazkano qui rappellent notre appartenance intime à la nature.

La vingtaine d'oeuvres exposées à la galerie Arte bideak correspond à l'engagement artistique de Jesus Mari Lazkano. En effet, la beauté hyperréaliste de ses montagnes constitue d'abord une réflexion sur notre lien avec la nature, réduite au loisir et à l'utilitarisme économique. Selon l'artiste de Bergara : "Nous aimons une nature hygiénique, sans insecte et loin des villes. Or, la nature n'est pas extérieure à nos vies : elle est précisément en nous."

Du sommet des Pyrénées aux glaciers de l'Arctique, ses toiles embrassent une vision globale de la réalité sensible. Comme la confrontation avec la réalité suppose de quitter l'espace quotidien, Jesus Mari Lazkano a pris la mesure du monde à l'occasion de voyages qui l'ont mené vers d'autres paysages. La pratique assidue de l'alpinisme, la traversée de l'Atlantique en bateau ou bien un mois passé dans l'Arctique constituent de nouvelles expériences pour saisir et partager ces espace-temps avec le public. De fait, Jesus Mari Lazkano affirme percevoir le monde avec un regard basque : "Des grottes jusqu'aux pics des montagnes, j'ai arpenté tout le Pays basque. L'incroyable diversité de ce petit territoire définit la référence à partir de laquelle j'évalue d'autres lieux, notamment l’immensité des paysages arctiques."

De longues observations permettent la transmission d'une expérience sensible et minutieuse de la réalité. L'univers virtuel des écrans nous éloigne de la nature, autrement plus riche que les illusions digitales. Et si la profusion d'images de l'Arctique ne donne ni l'échelle des glaciers, ni leur couleur changeante, Mari Jesus Lazkano s'évertue à peindre l'odeur des glaciers et le passage du vent sur les monts escarpés. Ses toiles retrouvent les dimensions oubliées de la nature à cause de nos existences trop abstraites. Son obsession de la grande échelle participe à l'esthétique du sublime de Kant. Il s'agit de faire ressentir la tension d'une conscience écrasée par l'immensité du paysage afin que le visiteur éprouve son appartenance physique et spirituelle à la nature. Outre ces perspectives lointaines, Jesus Mari Lazkano expose de nouvelles toiles qui situent le regard au coeur des forêts, avec une proximité intimidante. Quelque soit l'échelle des paysages visibles à Ciboure, l'interaction du public avec l'oeuvre s'avère fondamentale pour provoquer une réaction, autrement dit le mettre face à la responsabilité de ses actes. Le peintre de Bergara dénonce une vision cynique de la nature, à la fois consciente de l'abîmer et apathique.

Les montagnes de Jesus Mari Lazkano sont une invitation à un voyage sensible et méditatif. Au-delà de leur apparence romantique, ses paysages composent un chemin vers la profondeur oubliée de la nature. Jesus Mari Lazkano amène l'attention jusqu'aux portes du mystère pour que chacun attribue un sens à cette expérience du monde renouvelée.

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