Une oeuvre d'art pour contempler les abîmes marins

A Donostia, l'espace sculptural réalisé par Cristina Iglesias sur l'île de Santa-Clara est ouvert à la visite tout l'été. Dans la maison du phare rénovée, Hondalea est une oeuvre saisissante avec une dimension écologique.

De renommée mondiale, la plasticienne Cristina Iglesias a mis 5 ans pour réaliser Hondalea (abîme marin) dans sa ville natale en 2021. Ce projet hors-norme a reçu l'appui de la mairie afin de rénover et convertir la maison du phare de l'île de Santa Clara en espace artistique permanent.

La manière d'accéder à Hondalea fait déjà partie de l'expérience poétique. Il faut d'abord emprunter la navette maritime qui permet d'accoster sur l'île dont la tranquillité prépare à la contemplation. En face de la Concha, les visiteurs doivent ensuite cheminer à travers un sentier flanqué d'arbres pour rejoindre la maison du phare où un guide les accueille. De l'extérieur, Hondalea demeure cachée, insoupçonnable, et le guide présente rapidement le projet avant d'ouvrir la porte. Aussi le guide propose de répondre après la visite à toutes les questions concernant Hondalea ou bien le parcours de Cristina Iglesias.

Comme pour une initiation à quelque mystère, la visite se fait uniquement par petit groupe de vingt personnes maximum qui découvrent alors cet espace extraordinaire, à la croisée de la sculpture, de l'architecture et de l'océanographie. L'intérieur de la maison du phare a été vidé pour creuser sa base et établir le lien avec les cycles de l'eau qui sont le thème de cette ingénierie artistique. La sculpture monumentale repose sur une vasque en bronze qui représente la topographie de la côte alentour. Les rochers luisants sont remplis de petits trous qui marquent leur érosion. La grande cavité d'environ quatre mètres de profondeur donne l'impression de surplomber les fonds marins. L'albâtre des fenêtres qui filtre la lumière contribue dans cette atmosphère des fonds marins.

Mais l'oeuvre se révèle vraiment lorsque le guide met en route la machinerie de l'installation. Soudain l'eau se déplace d'avant en arrière à la surface de la sculpture. Tandis que l'eau monte et descend pour concrétiser le cycle des marées, l'oeuvre semble être animée par une gigantesque respiration océanique. Rejoint par la puissance des marées, le visiteur fait l'expérience d'une surprenante communion avec la nature. En outre, les masses d'eau qui recouvrent les rochers et vont s'engouffrer dans leurs fissures produisent un bruit fort. Avec le bruit lancinant des vagues, l'oeuvre s'adresse à tous nos sens. En somme, Cristina Iglesias renouvelle la pratique de la sculpture en intégrant une dimension dynamique qui permet à son oeuvre de se déployer.

Sur la passerelle qui fait le tour de l'installation, les visiteurs disposent d'angles de vue différents pour approcher l'oeuvre de manière active. Au sommet de la passerelle, le regard plonge dans une sorte de puits de plus de six mètres qui donne l'illusion de contempler les abîmes marins jusqu'au vertige.

Cristina Iglesias a l'art de simuler la nature. Elle brouille les frontières entre la nature et l'artifice pour offrir un regard nouveau sur le monde et mettre la sensibilité des visiteurs en relation directe avec le secret des océans. Au-delà des questions esthétiques, Cristina Iglesias est engagée depuis longtemps dans une démarche en faveur de l'écologie. La donostiar a déjà eu l'occasion de réaliser des sculptures monumentales permanentes, notamment au Mexique, au large de l'île Espiritu Santo, où une de ses installations repose sur le fond marin pour avertir de l'urgence à protéger les océans. De même, dans la maison du phare de l'île de Santa Clara, la prouesse technique de l'installation interpelle notre sensibilité afin d'orienter notre attention sur la conservation des océans en péril. Le détour de l'art semble devenir le plus court chemin pour se rapprocher de la nature.

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